La tête en friche

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-Salut, Paulo.
80, 90, 100... Mais y a pas le compte ! Son nette. *-T'as oublié quelque chose ?
-Oui, de te dire qu'en plus d'un connard, ..t'es un voleur, y a pas le compte ! *-Y aurait le compte.. *..si t'avais fini ton travail !
-Je l'ai fini. J'avais dit en 10 heures, mais j'en ai mis huit. Mais il est fait. Fumier, va ! Fumier ! *-Casse-toi, pov'con !
-Ta gueule, voleur! Il me doit des sous. 10 heures. Il m'a volé 2 heures. Klaxon. Un, deux, trois, ..quatre, cinq, six...
-Dix-neuf !
-C'est à moi que vous parlez ?
-Oui, ..jeune homme, il y en a 19. Pourquoi vous riez ?
-"Jeune homme" !
-C'est ce que vous êtes par rapport à moi.
-Vous venez souvent ici ?
-Presque tous les jours que le bon Dieu fait. Mais quelque chose m'intrigue. Pourquoi comptez-vous les pigeons ?
-Pour savoir s'il en manque ou s'il y en a d'autres.
-Le petit, ..avec une plume blanche, il était pas là.. ..samedi. J'ai vu. Je l'ai appelé "Plume-blanche".
-Vous leur donnez des noms ?
-Pour mieux les reconnaître.
Si on regarde bien, y en a pas deux pareils. Ils ont tous leur caractère. C'est comme les gamins.
-Vous avez des enfants ?
-Non.
-Remarquez... Si vous aviez eu des enfants, vous iriez pas les confondre !
-Si j'en avais eu.. ..19, c'est à voir! Alors, les autres, là, dites-moi les noms.
-Ah... Là, c'est Pierrot.. ..et Cocotte, ils arrêtent pas de se bécoter. L'autre, à côté, c'est Têtu. Mouche, ici, c'est Biscotte, Et celui qui veut toujours.. ..avoir le dessus, c'est Jeannot, l'autre avec une plume.. ..dans le bec, c'est Voleur, il prend toutes les plumes ! La petite qui fait sa maligne, “c'est Marguerite.
-Comme moi.
-Ah bon ?
-Moi aussi, je m'appelle Margueritte, avec deux T.
Mon pauvre père, quand il m'a déclarée a la mairie, ..il savait pas trop bien écrire. Alors après, ma mère a voulu garder le nom comme ça. Ca leur a plu. Je suis née d'une histoire d'amour.
-Non, pas comme tout le monde. Y en a qui sont nés par mégarde.
Bon, faut que j'y aille.
-A un autre jour, peut-être.
-Je vais le ramasser, votre livre.
-Merci, monsieur. Monsieur comment ?
-Chazes. Germain Chazes.
-M. Chazes, ..je suis enchantée d'avoir fait votre connaissance. Et merci.. ..de m'avoir présenté votre famille !
-Laissez pas votre sac là. Des voyous peuvent vous le prendre.
-Oh ! Pour ce qu'il y a dedans.
-C'est pas écrit dessus. Joyeux brouhaha.
-Allez, on y va ! Ecco !
-Ah, Germain ! C'est mon anniversaire. Tiens ! Voilà !
-Bon mousseux.
-C'est du blanc de blanc.
-Ca te fait quel âge ?
-J'ai pas le droit de le dire. Secret défense !
-Salut, Youssef !
-Tu fais plus. Italien.
-T'es con, mes pompes ! Merde !
-M. Landremont, un petit verre ?
-Merci, cher ami. Jamais d'alcool. Alors, "un roi qui a perdu la tête", en cinq lettres.
-Un spaghetti pomodoro !
-La môme, là, elle est canon.
-Je vois rien.
-C'est l'infirmière du dispensaire. J'en suis raide dingue. Je sais pas... Louis Capet.
Louis XVI, décapité en 1789...
-Laquelle c'est ?
-Celle en rouge.
-J'ai 2 museaux et 1 jour à suivre.
-Y a plus de jour. Terminé.
-Le pomodoro, c'est pour qui ?
-La jeune dame, ..devant la fenêtre.
-Laisse-moi faire.
-Plus jamais on se revoit ! C'est pas la peine. T'es un beau salaud. Tu sais quoi ?
-ll arrange le coup pour toi.
-C'est pour qui ?
-Pour moi. Tu vas me laisser parler ! Si tu parles, j'entends rien. Arrête !
-Et on boit quoi ?
-Rouge, un verre. Oui? Tu sais quoi? Je ne t'écoute même plus.
-Excusez-moi, Marie-Christine ?
-Non, Stéphanie. Hein ? Non...
-Tutto va bene. Elle largue son type. Francine, un verre de côtes-du-rhône ! Tu lui portes. Elle s'appelle Stéphanie.
-T'es balèze ! J'y vais, là ?
-Ben oui, pas demain matin !
-Je peux pas te le dire,
-"Secret défense"... Youssef !
-Je peux toucher ? Quoi ?
-Viens ici.
-Salut. Cava?
-T'as fini.. ..ton numéro de claquettes ?
-Je mets de l'ambiance.
-Porte ça aux dominos.
-Tu m'aimes ? Un bisou ?
-Pas maintenant. "Oriente.. "..Maupassant". Un, deux, trois, quatre, cinq. Ben, guide ! "Guide Maupassant". T'aurais pas trouvé ça, ..Germain, hein ? Guy de Maupassant...
-Quoi ? Guide Maupassant, je connais. Comme le "Guide Michelin".
-Oh non... Le "Guy de Maupassant" ? Non mais, c'est bon... Le guide Maupassant, ..comme le Guide Michelin ? Le béret ! le béret !
-Ben quoi ?
-Non, rien. Putain !
-Camembert, le garagiste qui a son bac !
-Alors, Chazes ? On ne connaît pas la réponse ? M. Chazes est dans la vase ? Rire général. Le problème de Chazes, c'est qu'il lui manque une case ? Je dirais même plusieurs cases ! N'est-il pas, Chazes ? *-La belle de Cadix a des yeux de velours. vous invite à l'amour.
-T'as du courrier, là ! Oh... Je le laisse là. T'es pénible.
-Bonjour.
-Oh ! Ah, ben, bravo! Quel taré !
-Laissez, Mme Chazes. Je m'en occupe.
-Je vais le faire. Pousse-toi ! Il ne fait que des bêtises, et je suis polie.
Déjà, à la naissance, on me l'a tiré au forceps.
10 heures à souffrir.. ..tellement qu'il était gros ! 10 livres ! Vous savez ce que ça fait ? Ca fait 5 kilos ! Ca fait ça : un filet de patates, un paquet de riz, ..une bouteille d'huile.. ..une livre de margarine. Et on se retrouve avec ça ! Ca mange, c'est sale... Quelle satisfaction ! Jucarum On parle d'un être humain en l'appelant "ça"'. Même un chien, je l'appellerais pas comme ça. Il soupire. Si j'avais un chien, je dirais au moins "le chien". On entre.
-C'est moi !
-Ben oui. Les gens, avant de faire des enfants, ..ils devraient y regarder à deux fois. Un gamin, c'est pas un clébard. On peut pas l'abandonner au bord de la route. Qu'est-ce que tu marmonnes, mon poussin ?
-Rien, je... Je pense que... Oh ! Et puis ça me fait chier.
-Que quoi ?
-Qu'il y a bien des familles où il y a des moments de tendresse, ..où on te fait ça.. ..en disant : "C'est le portrait de son père."
Moi, je suis que le portrait d'une paire de burnes.
-Parle de ton père autrement.
-Que veux-tu ? Sur 15 mots, j'en dis 12 vulgaires.. ..et grossiers, qui salissent les choses. Je peux pas Puisqu'il n'existe pas, pas plus que moi, d'ailleurs. J'ai pas eu de modèle. J'ai dû tout découvrir.. ..tout seul.
-Pour moi, heureusement que tu existes. Chaque jour, ..je me dis que j'ai de la chance.
-De la chance ?
-Parce que je t'aime, mon poussin d'amour. Elle rit. Germain soupire d‘aise.
-J'aime bien quand je suis dans toi. C'est là que je suis le mieux. C'est doux, ..c'est chaud... On se croirait dans de la soie. Dans de la plume. Tu connais, toi, le guide Maupassant ? On frappe-
-Germain ? Oh !
-Quoi ?
-C'est Julien.
-ll faut que tu viennes m'aider. C'est Landremont. Il pleure, il gueule, il veut se bazarder.
-Oh, merde. J'arrive ! Oh, putain... Ce Landremont, ça le prend de temps en temps. Depuis qu'il a perdu sa femme...
-C'était quand ?
-ll y a 3 ans. Elle est morte d'un cancer. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Il m'appelle au secours, ..et il veut pas m'ouvrir, ce con. T'avais du monde ?
-C'est Annette.
-Désolé...
-J'en ai marre de tout ! Tout le monde me fait chier ! C'est pas compliqué, non ?
-ll a fait le plein, et pas d'eau minérale. Ouvre ! Coup de feu. Landremont !
-Merde à tous, c'est clair, non ?
-Putain, ouvre ! Ca la fera pas revenir !
-Elle est morte, quoi.
-Dis pas ça.
-C'est encore pire.
-J'en peux plus.
-Mais si, t'en peux. Ca va aller. Ouvre.
-Ouvre, allez ! Tu veux pas.. ..qu'on pète un carreau ?
-Oh ben, non.
-Donne-moi ça. Fais pas le con.
-Non, non... Allez. Hein ?
-Je vais pisser, les gars.
-Oui, c'est ça. Va. Il pisse.
-ll recommence !
-Excusez-moi. Germain ! Je le crois pas. C'est pas possible, tu remets ça ! Y en a marre !
-Je suis bien obligé. A chaque fois, vous l'enlevez !
-C'est un monument public !
-Qui ça gêne, que je mette mon nom ?
-C'est réservé aux morts !
-Faut être mort pour être dessus ?
-Oui ! Et mort à la guerre.
-Oh là là...
-Bon sang ! Pourquoi tu fais ça ? Dis-moi.
-Pour te faire chier.
-F’ff !
-Bonjour, M. Chazes. Y a le compte ?
-Oui, ils sont tous là.
-Aimez-vous lire ?
-J'ai eu l'occasion, et puis ça s'est pas fait. Morbaque, mollo ! Hein...
-Comment l'appelez-vous ?
-Morbaque.
-Ca ne m'avance pas plus.
-Morpion, si vous préférez.
-Ah ! Vous parlez des poux de pubis.
-Oui. C'est comme ça aussi qu'on appelle les gosses. Ils sont tout le temps.. ..accrochés à vous. Des fois, c'est énervant.
-Ah oui ! D'où la comparaison avec le morbaque.
-C'est ça. Vous avez compris.
-Oui. EHe xmxle de GauHe. Oui, je vous ai compris! Rires.
-J'ai un copain, Jojo "Zeukouk", ..il a un perroquet qu'il a appelé "de Gaulle", ..il répétait : "Je vous ai compris !"
-ll est cuisinier, votre ami ?
-Vous connaissez Jojo ?
-Non, je n'ai pas ce privilège.
-Comment vous le savez, alors ?
-Vous venez de dire
"Jojo the cook".
"The cook", en anglais, c'est le cuisinier. "Zeukouk"... Ah, mais oui, d'accord ! Oui, c'est comme le charcutier, place Léon Blum, ..il s'appelle Dupâte. Et le menuisier, “c'est Laplanche ! Jojo le cuisinier, mais en anglais. Ah ouais, d'accord. Ha! Je sais même pas s'il le sait. T'as bien fait de te mettre.. ..cuisinier, avec ton nom.
-Qu'est-ce que tu dis ? Donne-moi donc un coup de main.
-Laisse ça. Je le pose où ?
-En milieu de salle. On a une noce, ce soir.
-Une noce ? Eh ! Landremont. Je disais à Jojo qu'il avait du pot d'être cuisinier, ..en s'appelant "Zeukouk".
-Qu'est-ce qu'il raconte encore ?
-T'as pas compris ? "Zeukouk"... Le cuisinier, Ca fêtait passé au-dessus !
-Putain, la couche ! Complètement imperméable.
-Germain ? Mon nom, c'est Pelletier. Je m'appelle Joël Pelletier. "The cook", c'est parce que j'ai été en Angleterre. C'est un surnom.
-D'accord. Ca va.
-C'est comme si on disait. ..de toi "the con", tu vois ?
-T'as pas envie de pisser?
-Arrêtez. Germain est pas plus con que vous. C'est le plus gentil. Tu bois quoi ?
-Un ch'ti blanc. Tu me prêterais ta camionnette ? J'ai un gros marche mercredi.
-Comme tous les mercredis.
-Salut, Germain !
-Salut, Youss ! Hou là là ! Tu t'es parfumé, toi !
-T‘as rendez-vous ?
-Oui. Avec moi. Salut, Stéphanie ! Lui, c'est Julien. Un gars.. ..comme ça. Comment vous le trouvez ? Lui, il vous trouve très bien. Même mieux que ça.
-Arrête...
-ll est timide, en plus.
-T'es lourd. Vous devriez prendre un rendez-vous, parce que.. ..y a de l'attente...
-Germain, va donc nous chercher.. ..des tomates avec Jojo.
-ll en reste plein ! Y en a plus. C'est urgent. Allez.
-Au revoir, Stéphanie.
-Tiens, regarde-la. Vas-y, sers-toi ! Te gêne pas. Vas-y. Quand je lui donne, elle me les jette à la gueule. Elle préfère voler. C'est pas beau !
-Tu plantes tes merdes chez moi, ..je peux m'en servir ! EHe tousse.
-Tu fumes trop,
j'arrête pas de te le dire ! faut la fermer ! Surtout toi !
-Faut pas me le dire,
-J'aurais pas voulu une mère comme ça.
-On s'est pas choisis. Ni l'un ni l'autre.
-Je comprends pourquoi tu t'es tiré de chez elle.
Pourquoi t'es resté.. ..si près, dans cette caravane ?
-Je pourrais aller au bout du monde, ..entre ma mère et moi, la distance est dans la tête ! Hein, c'est...
-C'est symbolique.
-C'est ça, symbolique. Et regarde, j'ai mon potager. Viens voir. C'est moi qui ai fait tout ça. Regarde les petits choux, là. Et la scarole et les poireaux. Regarde la serre, Ià-bas. C'est moi qui l'ai fait, ça. Tiens, les tomates. T'as qu'à dire ce que tu veux. T'as de la coeur-de-boeuf, de la noire de Crimée, ..t'as de la... Tiens, et ça, là, vas-y. C'est quoi, ça ?
-De la Marmande.
-Oui... Allez, mesdames, allons-y ! Elles sont belles, ..mes tomates ! Et mes poireaux, mes navets ! Elle est belle aussi, ..la batavia, la frisée ! Comme mademoiselle !
-C'est gentil, "mademoiselle".
-Vous voulez quoi ?
-4 poireaux.
-Choisissez-les.
-Vous aimez les gros.
-Vous avez du melon ?
-Non, c'est Cloclo. Y a aussi un vin formidable.. ..chez M. Seguin. Voilà, les quatre, ça nous fait 2,20. Si vous avez 20 centimes... Ca sera bien, voilà.
-Merci.
-C'est bien, belle frisée. Tu m'y feras penser, vendredi, faut remonter du melon.
-Vendredi, j'ai ma prise de sang.
-Encore ? C'est un vampire, ..ton infirmière ! Comment elle est avec toi ?
-Evasive.
-C'est déjà ça. Allez ! Mademoiselle, jolie blonde ! Non, c'est pris, là.
-Quoi ?
-Comment ça, c'est pris ? Quel culot !
-Bonjour, M. Chazes.
-Ah ! Vous pouvez m'appeler Germain.
-Vraiment ?
-Ben oui.
-Je ne me le permettraL. ..que si vous m'appelez.. ..Margueritte.
-Si vous y tenez, moi, ça me va.
-J'y tiens absolument.
-C'est d'accord.
-J'ai été retardée par mon neveu et sa femme. ..qui sont arrivés de Belgique. Ils ont débarque, sans prévenir,
une petite affaire d'argent.
-Hum, hum.
-Vous voyez, je vous raconte tout, ..comme si nous avions
-Un rendez-vous d'amoureux, hein ?
-Mmm ! Il a l'air bon, votre sandwich.
-Vous en voulez ?
-Non, merci. Je viens de déjeuner. C'est drôle de voir à cette heure-ci un homme.. ..dans le jardin. Vous n'avez pas.. ..de travail ?
-Oh si, j'en ai plusieurs, si je veux. Mas là, j'ai appuyé sur "pause".
-J'ai pensé à vous, hier.
-A moi ? Pourquoi ? A vous et à nos pigeons. Vous savez ce que c'est, ..quand on range des livres, ..on en feuillette toujours un ou deux par hasard. Et alors, là, je suis tombée sur une phrase... Naturellement, je l'ai perdue, mais je vais retrouver. "Comment faire imaginer, par exemple, "..une ville sans pigeons, "..sans arbres et sans jardins, "..où l'on ne rencontre ni battements d'ailes, "..ni froissements de feuilles, un lieu neutre, pour tout dire ? "Le changement des saisons ne s'y lit que dans le ciel, "..le printemps.
"..
s'annonce seulement par la qualité de l'air.. "..ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs.. "..ramènent des banlieues. C'est un printemps.. "..qu'on vend sur les marchés." Ca vous plaît ?
-Oui, mais vous pouvez pas le... recommencer du début, ..mais pas trop vite, sans vous commander ?
-Avec plaisir. Voilà. sans arbres et sans jardins..."
-Ca peut pas exister. Mais c'est pas mal, le bouquin. Comment ça s'appelle ?
-"La Peste".
-D'Albert Camus.
-Albert ? Comme mon grand-père !
-Je vous le prête, si vous voulez.
-Non... Vous savez, moi, la lecture... Non. "Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, "..nous nous vîmes trois mille en arrivant.. "..zau port."
-"En arrivant.. Bravo ! Même quand il lit, M. Chazes fait des fautes d'orthographe.. ..à voix haute! Rxre gënèraL
-Je vous en lis d'autres passages ?
-Ah oui ! Ca me gêne pas.
-Ca m'arrange, j'aime beaucoup lire.. ..à voix haute. Mais les passants qui me verraient sur mon banc..
..en train de baragouiner me prendraient pour...
-Oui, une vieille barge.
-Une vieille barge ! Et une barge, c'est une bécasse, n'est-ce pas ?
-Hm, hm...
-Vous êtes pressé ?
-Non, non, ça peut aller.
-Alors, on se lance ? A l'aveuglette ? Je saute les premières pages.. ..pour entrer directement dans l'action. L'histoire se passe à Oran, en Algérie.
-Je sais.
-Vous l'avez lu, alors ?
-Non, je veux dire, je sais qu'Oran, c'est en Algerie. J'ai un autre ami, Youssef, ses parents sont. ..de Ià-bas.
-Ah bon ! Alors, voilà. "Car, à partir du 18, "..les usines et les entrepôts degorgèrent, en effet, "..des centaines de cadavres de rats. "Dans quelques cas, on fut obligés d'achever les bêtes.. "..dont l'agonie était trop longue. "Partout où nos concitoyens se rassemblaient, "..les rats attendaient, en tas, "..dans les poubelles.. "..ou en longues files dans les ruisseaux." Vous dormez ?
-Non, j'imagine. Continuez, continuez.
-"Mais dans les jours
qui suivirent, "..la situation s'aggrava.
Le nombre des rongeurs.. "..ramassés allait croissant, "..et la récolte était tous les matins.. "..plus abondante. "Dès le 4e jour, les rats.. "..commencèrent à sortir pour mourir en groupes. "Des réduits, des sous-sols, des caves, "..des égouts, ils montaient. "..en longues files titubantes, pour venir vaciller à la lumière, "..tourner sur eux-mêmes et mourir près des humains." C'est joliment écrit, ..n'est-ce pas ?
-Ca, dès le début j'ai été chopé par les oreilles, ..comme on attrape un lapin. Pff ! Ces rats, tout gonflés, puants, couinant tout autour, là, “c'est comme si je les voyais. S'il y a une bestiole.. ..qui me débecte, c'est les rats !
-Vous n'avez rien lu de Camus ? "L'Etranger" ? "La Chute"?
-Non, j'ai pas le souvenir. Nous continuons ?
-Oui... Mais une autre fois, hein ? Je t'ai apporté tes fruits.
-T'as essuyé tes pieds avant de rentrer ? Elle tousse.
-Combien t'en as fumé
depuis ce matin ?
-350 et je te dis merde.
-Pourquoi tu mets celui-là.. ..à la place de tonton Georges ?
-J'en ai marre.. ..de sa gueule.
-C'est la famille.
-Tous des cons !
-T'as encore oublie de prendre tes lettres.
-Ma pension ! Tu veux me la prendre ? Donne-moi ça ! Ah! Regarde ce que tu me fais faire ! Grand con, va ! Oh...
-Venez vous asseoir.
-Voyons ce qui vous irait bien. Le bleu, non. Ah, voilà ! Avec votre petit côté espagnol...
-Danseuse de flamenco. Voilà. Vous aimez la danse ?
-Oui, j'adore ça.
-C'est vrai que ça vous va à merveille. Sans vous flatter, c'est pas mon genre.
-De toute façon, j'ai pas les moyens.
-Oh... Vous me paierez... avec votre tempérament.
-Arrêtez...
-Par contre, il faut me dire.. ..pour la location.
-De quoi ?
-De votre terrain, pour ma caravane.
-On s'arrangera. Je peux aussi vous faire la cuisine, ..de temps à autre, M. Gardini.
-Jean-Mi.
-Qu'est-ce que tu viens mettre ton nez ici, toi ?
Va chercher ma commande à la supérette, au lieu..
..de me regarder.. ..avec tes yeux de merlan frit ! Ce gosse me fatigue. T'y vas ou tu la veux ?!
-"Ecoutant les cris d'allégresse qui montaient de la ville, "..Rieux se souvenait. "..que cette allégresse était toujours menacée. "ll savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut. ..lire dans les livres, "..et que peut-être le jour viendrait, "..où pour le malheur et l'enseignement des hommes, "..la peste reveillerait ces rats.. "..et les enverrait mourir dans une cité heureuse."
-C'est fini ?
-Oui. Nous aurons lu "La Peste" en 10 jours. Sauf quelques passages.
-"Vous" aurez Iu.
-Ne croyez pas ça, Germain. Vous êtes un excellent lecteur. Lire, c'est aussi écouter.
-Ecouter ?
-Mais oui, regardez les enfants. Quand on veut leur apprendre, on leur lit à voix haute. Si on lit bien, s'ils écoutent bien, ils en veulent encore. Et après, ils en ont besoin.
-Ils deviennent accros, quoi ! C'est comme pour la drogue. Sauf que j'ai jamais pris de drogue. Ni de livre non plus.
-Non...
-Je vous le donne.
-Cette fois, gardez-le. J'insiste. Voilà. Sur la terre, nous ne sommes que des passeurs. Je vous passe un livre. J'ai marqué au crayon.. ..les morceaux que nous avons choisis.. ..et lus.
-Merci encore.
-Je ne vous dis pas "de rien". Parce que ça n'est pas rien. Si vous voulez, ..je vous ferai redécouvrir.. ..des textes que j'ai particulièrement aimes. Vous voudriez ?
-Avec vos petits yeux gentils, ..vous avez dû en faire marcher des hommes, ..en disant : .."Vous voudriez ?"
-Allez, au revoir, Germain.
-Au revoir, Margueritte. Il soupire. Hum...
-"La Peste". "Le lendemain, 17 avril... *-Une secousse terrible ébranle le sud du pays.
*Les bâtiments s'écroulent.
*32 personnes meurent sous les décombres... Quand ils sont pas bombardés, ..la terre se débine sous leurs pieds.
-Et même des fois, ils chopent le choléra.
-Ou la peste, comme dans le livre à Camus.
-T'as lu Camus, toi ?
-Pas tout. "La Peste", "La Chute", "L'Etranger".
-Depuis quand tu t'intéresses aux bouquins ?
-Qu'est-ce qu'elle a, Francine ?
-Youssef est parti.
-Oùça?
-Pas"oùÏ Avec Stéphanie, l'infirmière.
-Je savais pas. Je croyais que...
-Eh ! Personne n'a rien vu !
-Me regarde pas comme ça. Francine sanglote.
-Oh, la pauvre !
-On s'attriste ou on joue ?
-Pleure pas comme ça, ma poule. Allez. Mais le Youssef, il va revenir. Allez, ma Francine, t'as quel âge ?
-Cinquante ans.
-Comment ?
-J'ai cinquante ans.
-Quoi, "quand même"? Rwres.
-Je savais pas.. ..qu'il y avait une telle différence. Youssef sait bien que c'est dans les vieux pots.. ..qu'on fait la meilleure cuisine.
-Eh bien... Bravo !
-C'est normal, j'essaie d'aider.
Et puis des Youss, y en a d'autres. C'est comme la Simca du Dr Pélisson. Tu le connais, il vient ici. Elle était plus cotée à l'argus, ..eh ben, il a trouvé acquéreur. Quoi ? Mais si !
-Dis donc, t'es inspiré. Je sais pas si c'est la lecture...
-Bon, j'y vais. Salut, j'ai des courses à faire.
-Et des livres à lire !
-Prends ton temps, hein ! Reviens pas trop vite. Le béret !
-Ces cons-là, ..ça les fait peut-être rire... C'est complique, la lecture, je peux te le dire, ..toi, tu te fous pas de moi. Tu sais, tu lis un mot, “c'est bon, on le comprend, et puis le suivant, ..et le 3e, et tu continues. Du bout du doigt, tu surlignes, ..8, 11, 12... Comme ça jusqu'au point. Et quand tu y es, ..t'es bien avance, parce que le problème, ..c'est que t'as beau vouloir assembler, ..les mots restent en vrac. Comme une poignée de boulons et d'ecrous que tu jettes.. ..dans la boîte ! Les gens qui savent, c'est facile pour eux.
Tiens... La Margueritte...
Si tu voyais cette petite mémé ! 40 kilos ! Fripée comme un coquelicot. Mais dans sa tête, y a des milliers d'étagères, ..avec des livres, des livres... Et elle comprend tout !
-Salut ! Ils sont beaux, tes légumes ! T'aurais dû faire que ça, ..jardinier.
-Je voulais être vitrailleur.
-Vitrailleur ? Pff! Écoute-le. C'est même pas français.
-Si.
-Tu la veux ?
-T'énerve pas, Jacqueline. Où tu l'as trouvée, c'te idée ?
-A l'église. Sous le grand vitrail. C'est beau.
-Je pourrais le faire entrer chez Pyrex, comme apprenti.
-Je veux pas faire des bols mais des "vitrails".
-Des vitraux. Et c'est pas un métier.
-Quoi ? Je te dégoûte ?
-A'I'e !
-Tu touches pas à mon gamin.
-Toi, ta gueule ! J'ai fini. C'est dégueulasse.
-Quoi ? Fais-moi des excuses !
-Des quoi ? Des excuses ? Tiens. Ca va ? T'en veux une autre ? Il allume la télé. *Commentaire sportif. Tu vas où, là ? Rentrer ton fumier ?
-Je le sors, le fumier.
Barre-toi d'ici.
-T'es devant le poste, tu me gênes.
-Prends tes affaires.. ..et dégage ! Tout de suite !
-Aaah !! Ah, putain, l'enculée ! T'es folle !
-Dehors ! Je compte jusqu'à 3. 1 !
-Si je sors, tu me revois plus !
-2 !
-Arrête tes conneries. Je m'excuse.
-3 !
-Ah, putain ! Elle est malade ! H meure. Putain, enculèe ! Tu vas le regretter ! T'es cinglée. T'auras de mes nouvelles ! Et pas des bonnes ! Claquement de portière. Crois-moi, tu vas en avoir, de mes nouvelles !
-Bonjour, Jackie. Bonjour, petit.
-M. le maire ! Quel bon vent?
-Tu réponds pas au téléphone.
-ll est coupé.
-Un certain Gardini.. ..a appelé la mairie. Tu détiendrais une caravane de façon arbitraire. Il veut la récupérer.
-Qu'il vienne, il sera bien reçu.
-ll vit plus ou moins ici ?
-ll a vécu. Qu'est-ce qu'il fait de ses 10 doigts ?
-ll tape sur mon gamin.
-Hein ?
-Et sur moi.
-Tu veux porter plainte ?
-Je règle mes problèmes seule.
-Tu l'as pas menacé, toi ?
-Qui, moi? Non.
-Alors, l'affaire est close.
-Au revoir.
-Tant que j'y pense, t'aurais pas une fourche ?
-Ah non, j'ai pas cet article.
-Ca fait combien de temps qu'on se connaît ?
-Ca commence à compter.
-Tu fais pas l'imbécile, hein ?
-Non.
-Quoi, l'engrais ?
-Ben oui, l'engrais.
-Vous pouvez goinfrer votre terre avec des tombereaux d'engrais, ..si elle est mauvaise, elle le restera. Vous récolterez 4-5 patates grosses comme des billes. Que si vous avez une terre noire, bien grasse, ..avec des mottes qui collent aux mains, ..elle donne tout ce qu'elle a,
-Vous m'impressionnez !
Vous avez une excellente. ..memoire auditive.
-Non, c'est que je retiens.. ..ce que j'entends.
-"ll n'est pas bon d'être tellement aime si jeune, si tôt, "..ça vous donne.. "..de mauvaises habitudes."
-Ben, et moi ? J'aimerais.. ..bien entendre.
-Oh, pardon ! Je suis confuse, pardon. Pardonnez-moi. tellement aime si jeune, "..si tôt, ça vous donne "On regarde, on espère,
on attend.
Avec l'amour maternel, "..la vie vous fait à l'aube.. "..une promesse qu'elle ne tient jamais."
-Ca, c'est le titre. Le titre, là...
-Hum ?
-"La Promesse de l'aube". Ben oui. C'est parce que, au départ, ..la vie vous fait des promesses qu'elle tient pas.
-C'est exactement cela. Il y a l'amour maternel, ..et après... "Après, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras.. "..et vous serre sur son coeur, ce ne sont. "..plus que des condoléances. On revient toujours gueuler..
-Oui. Eh, eh...
-"Jamais plus, jamais plus, "..et des lèvres très douces vous parlent d'amour." Oui, enfin, d'après l'auteur, Romain Gary, ..qui avait une passion pour sa mère.
-Pourquoi ? C'est pas inventé ?
-Non. "..jamais plus, des bras adorables se referment autour de votre cou, Non, c'est l'histoire de sa vie.
-Ah... Et si ça avait été l'inverse ?
-L'inverse ? S'il avait pas été aimé par sa mère, ..il se serait passé quoi ?
-Je ne sais pas.
Si quelqu'un n'a pas reçu assez d'amour..
..dans son enfance, ..il lui reste encore tout à découvrir, non ? J'en sais rien.
-Vous avez encore votre mère ?
-Oh que oui !
-Comment était-elle avec vous, enfant ?
-Elle s'en foutait.
-Et maintenant ?
-Elle s'en fout toujours. Avec moi, y a rien. Y avait personne.
-C'est terrible, ce que vous dites là. L'indifférence, c'est ce qu'il y a de pire, ..surtout pour une mère. Comme dit Jojo, elle a pas la fibre. *Musette. Elle l'a jamais eue, la fibre. Pour elle, ..je suis une erreur. Un accident.. ..du 14 Juillet. Un pétard.
-C'est quoi, ton nom ?
-Jackie...
-Ah, les poireaux ! Les poireaux ! Qu'est-ce qui te prend, là ?
-Qu'est-ce que tu fais ?!
-Rentre dans ta niche, toi ! à mes poireaux ?! T'as fait quoi aux poireaux ? Elle commence à m'inquiéter. Elle m'a arraché.. ..mes poireaux. L'autre jour, elle voulait repeindre le chat.
-De quelle couleur?
-Oh ! T'as changé de coiffure ? Ca te va mieux.
-J'ai rien changé.
-T'as songé à la mettre en maison de retraite ?
-Ben qui... Pas Francine !
-Qui ? Ta mère.
-Elle voudra pas.
-Emmène-la de force.
-Essaie, tu te prendras un coup de fourche !
-Bon, alors, non.
-C'est sa mère. T'en as qu'une.
-Encore heureux ! Elle est pas si mauvaise. Elle perd un peu la boule.
-Comme les poissons, ça pourrit.. ..par la tête !
-C'est ma mère ! Respect !
-Ca va. Je rigole.
-Bon.
-A son âge, je serai encore entourée de cons comme vous !
-Grazie. Merci, Francine.
-Remarque, eh...
-Ca me fait plaisir quand tu m'attends au dernier stop. Tu aimes.. ..le hachis parmentier ?
-J'aime tout, quand c'est toi !
-Oh, mon poussin !
-Attention !
-Oui... Tu restes dormir avec moi ?
-Oui. Pourquoi pas ?
-Alors, c'est ce soir que tu me fais un petit?
-Plusieurs, si tu veux.
-Non, sérieux.
-Qu'est-ce qu'il ferait d'un père comme moi ? Même pas capable d'aligner trois mots. Un nul. Qu'est-ce que je peux apporter à cet enfant ?
Hein ?
-De l'amour.
-Comment elle va, Francine ?
-A ton avis ? Elle chiale.
-Oh, merde. La petite Stéphanie, elle est jeune, ..mais elle est chiante ! Francine aussi, elle est chiante, mais c'est plus secure. Tu ferais quoi, a ma place ?
-J'y suis pas. J'ai déjà du mal à être à la mienne. De toute façon, je vais te dire... "On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère. "..comme un chien abandonné."
-Ca, c'est vrai. Ils parlent en arabe.
-Ah ! Vous revenez du golf, avec votre caddie ?
-C'est pour moi ?
-Attendez.
-C'est quoi ?
-Voilà. Ouvrez.
-Un dictionnaire.
-ll n'est pas très neuf. Je m'en suis tellement servie !
-ll ne vous sert plus, vous savez tout.
-Oh non ! Mais j'ai passe l'âge de voyager. Avec un dictionnaire, ..on voyage d'un mot à l'autre. On se perd dans un labyrinthe. On s'arrête, on rêve. Ca vous fait plaisir ?
-Enormément.
-Mais Germain, il me semble.. ..que nous n'avons plus rien lu depuis.. .."La Promesse de l'aube" ?
-Exact.
Qu'est-ce qui vous plairait ? Je sais pas, moi... Un roman d'aventures ? Un policier?
-Oh, alors là... Ah, si ! Les Indiens d'Amazonie.
-Ah bon ? Pourquoi?
-Petit, j'avais un album, une bande dessinée, sur eux. Ils ont la belle vie. Ils se promènent, à moitié à poil, avec un étui pour cacher leur...
-Oui, leur sexe.
-C'est ça. Ils glandent. ils picolent, ..ils fument des pétards, ils regardent passer les filles, ..les seins à l'air et une petite plume sur le...
-Je crois que j'ai notre affaire dans ma bibliothèque. Un roman... Mais il faudrait que vous veniez chez moi. Enfin, quand je dis chez moi...
-Je voudrais pas envahir.
-Envahir ? Oh non ! Alors disons mardi, pour le thé.
-Le thé ?
-Hum.
-Va pour le thé.
-Bon.
-Pour trouver un mot, il faut d'abord.. ..savoir l'écrire, hein, Jérémie ? Voyons voir, labyrinthe. L-A... Labyrinthe. L-A-B... B-I-R... Un R ou deux R ? Hein ? Qu'est-ce que t'en dis, toi ? Comment tu l'écris, toi ?
Ca y est même pas.
Ah là là Allez, tiens, voyons les noms des personnes. Alors, Marguerite... Marguerite. "Baratte". Avec un seul T. Fais voir. "Nom de fleur" ! Ils se sont pas foulés ! Merci pour le renseignement. T'entends ? Nom de fleur... "Anete"... Ah ben, c'est pas comme ça que ça s'écrit. Ca veut dire fenouil ! Ben, dis donc ! On va aller voir "Germain". Où c'est qu'il est, l'autre "Germain", là ? C"est bien G-E-R... Ah, ben voilà. Là, "germain", tiens. "1. "Cousin germain, etc." D'accord. "2 : Habitant de la Germanie. Les Germains. Euh, "Bu... Burgondes, "..Francs, Goths, "..Lombards, "..Saxons, Teutons, Oui, mon chéri, "Vandales". Eh ben ! On n'est pas tout seuls, hein ? Jèrëmxe ronronne. 0h, mon petit Jérémie! On va voir "tomate" et on ira se coucher. Tomate, voilà, "tomate". Quoi? "Solanacées." Tomate, tomate, tomate... Pour les tomates, voir Olivette." Ils ont que ça comme variété ? Et la Marmande ? Hein ? Et la Saint-Pierre,
la Beauté Blanche ? Je t'en cite à la louche ! Pourquoi ? C'est pas la saison ? Voyons voir, solanacées... "Famille de plantes, "..dicolté... dicoldé... décoldélo, dicolty... Et merde, bordel ! Oh, tant... C'est pas vrai ! T'as raison, c'est du chinois, c'est pas pour nous. Y a plein de mots qui manquent et y a des mots en trop. Alors, c'est pas pour nous, ça. Je vais y rendre, à la Margueritte. H est sous \a douche.
-Je t'ai ramené ton linge. A ce soir ! Qu'est-ce qu'y a ? Ah, c'est les chemises.
-Oh, putain, ce temps ! Avec les impôts qu'on paie...
-C'est l'égalité ! Il pleut pour tout le monde.
-C'est pour qui, ça ?
-Pas pour toi ! Fais voir. Allez, 4-5-6.
-Oh, la vache, la sape ! Ca vient de chez Tutti Frutti ?
-Lâche-nous. Tu nous feras des vacances.
-Voila.
-Vous avez vu la salle polyvalente ? Couverte de tags. Les connards !
-C'est qui ?
-Des petits cons. Ils venaient de la repeindre.
-Tu bois quoi ?
-Euh... Diabolo fraise.
-Des Vandales, des Teutons, ..des Lombards...
-Loubards !
-Non, Lombards. Comme Burgondes, Goths...
-Et puis quoi encore ?
-Je sais pas. Saxons, Suèves, ..Teutons. Vandales !
-Tu commences à faire chier.
-D'où tu tiens ça ? C'est pas la science infuse ! C'est quoi, ça ?
-Touche pas ou je te tue !
-T'es fou.. ..ou quoi ?
-Commencez pas. Ne venez plus ici si c'est pour vous battre.
-Ciao, Youss ! Come va ?
-Salut, Germain !
-ll est revenu.
-Ah, Youssef !
-Bravo, mon vieux Youss. J'ai pas demandé du pain perdu ! Va vite le sécher. Et toi avec.
-Dis-moi. Il est revenu.
-Tu le vois. C'est pas un sosie.
-Ah, c'est pour ça, les...
-Ben oui !
-Tu vois, Francine ! C'est dans les vieux... Il chante en italien.
-Mais ça va pas ?! Mais enfin, t'es malade ? Va te faire masser, oh ! Non, je disais à Francine...
-Tu dis plus rien ! Dis rien.
-Quoi ? Si on peut plus causer...
-Joue.
-Bonjour, madame.
-Bonjour, monsieur.
-Je viens voir Margueritte.
-Comment ? On en a plusieurs.
-Avec deux T.
-Mme Van de Veld ! Vous avez rendez-vous ?
-Oui, pour le thé.
-1er étage. Au fond du couloir.
-Merci, au revoir.
-De rien.
-On va aller faire un petit tour.
-Oh, Germain !
-Tenez. Ca vient de mon jardin.
-Merci. Des fleurs ! De votre jardin, en plus !
-Entrez. Vous vous promenez avec votre dictionnaire ?
-Je vous le rends, j'en ai pas l'usage. Ca me sert à rien.
-A rien ?
-Les mots comme "labyrinthe", je sais pas les écrire, ..je les trouve pas. Et quand je les trouve, je suis pas d'accord. Dans mon domaine, par exemple, les variétés de tomates, ..y en a qu'une : l'olivette. Les autres poussent pas dans votre dictionnaire.
-Là, je vous rejoins, Germain. C'est très incomplet. Moi, j'ai cherche "morbaque". Je le cherche encore, ..il n'y est pas.
-Vous voyez ! de vous asseoir ! Pas là ! Là.
-Oui, mais... c'est trop tard pour moi. Ils ont pas besoin d'abattre a la tronçonneuse.. ..les forêts d'Amazonie pour faire des dicos..
..
qui nous servent à rien, ..nous, les idiots. C'est comme donner.. ..des lunettes à un myope. Tout d'un coup, on y voit trop. Les défauts, les trous, on se voit. Avec vous, j'ai essaye d'apprendre, mais... ça me fait du mal. C'était mieux avant, dans le flou, dans le simple.
-Je vais faire le thé. Moi aussi, quand je vous entends, Il soupire.
-C'est vous, là ? Sur la photo.
-Oui.
-Ben, dites donc ! Vous étiez pas plus épaisse que maintenant. C'est où, le camping, là ?
-Au Zaïïe. Enfin, au Congo, si vous préférez. J'avais été envoyée là.. ..pour une mission médicale, I'OMS.
-L'OMS ? C'est quoi ?
-C'est l'organisation. ..mondiale de la santé.
-Attendez. Donnez. Je vais vous aider. Voilà. Ah oui... Donc vous êtes.. ..une ex-savante ?
-Oh non... Disons.. ..scientifique. Ca suffit. Je vous sers ? Merci. Oh là là, pas de trop. C'est quand même bien, ici, hein ? Mais c'est très cher. Mon neveu m'aide encore, mais pour combien de temps ?
Sa femme n'est pas d'accord. Bon, alors, on abandonne ?
-Quoi donc ?
-Ben... Nos Indiens d'Amazonie ? J'avais retrouvé ce roman.. ..de Sepulveda. C'est un écrivain chilien. C'est l'histoire.. ..d'indigènes de pays lointain, ..accusés à tort du meurtre. ..d'un chasseur blanc. En réalité, le coupable, ..c'est une panthère majestueuse. Eh bien, voilà... laissons nos Indiens retourner dans leur forêt.
-Attendez. Comment s'appelle.. “votre bouquin ?
-"Le Vieux qui lisait des romans d'amour". "Nauseeux, il se releva en brandissant sa machette. "..à deux mains, et attendit. "..le combat final. Au-dessus de lui, la femelle.. "..agitait frénétiquement.. "..la queue, ses oreilles vibraient, "..captant tous les bruits.. "..de la forêt, mais elle n'attaquait pas. "Surpris, le vieux bougea doucement pour récupérer son fusil. "'Pourquoi tu n'attaques pas ? C'est quoi, ce jeu ?' Il arma.. "..les percuteurs et visa. A cette distance, "..il ne pouvait la rater."
-Alors, après ?
-La prochaine fois, Germain.
-Ah oui. Vous êtes fatiguée.
-C'est-à-dire que, au-delà.. ..d'aujourd'hui, je ne pourrai plus vous faire la lecture.. ..très longtemps.
-Pourquoi ?
-Je n'y vois plus très bien. J'ai ce qu'on appelle.. ..la dégénérescence maculaire liée à l'âge. J'ai des taches, sur les yeux, au centre. Des taches qui vont aller.. ..en s'augmentant. Je peine à lire.
-C'est pour ça, ..la loupe.
-Oui. Bientôt, mon cher Germain.. ..disparaîtra dans la grisaille. Je ne pourrai plus compter les pigeons.
-Mais... Ca peut pas s'opérer?
-Ma vue est en train de mourir, on n'opère pas la mort. Bientôt, il me faudra une canne.. ..pour les obstacles, dans la rue.
-Oui... Attendez. La canne, je m'en occupe.
-C'était pour qui, les fleurs ? Ce matin, quand j'ai vu le bouquet, j'ai cru que c'était pour moi. Toute la journée, j'ai attendu. Je t'ai guetté à chaque arrêt. Elle soupire.
-Pourquoi je t'offrirais des fleurs ?
-Ah ben oui...
C'était pour qui ? Hein ? Je suis pas Francine, moi ! Tu peux pas me faire le coup de Youssef ! Tu l'aimes ? Comment elle s'appelle ?
-Margueritte, avec deux T, les fleurs, c'était pour elle. Et ça aussi. Elle a 95 ans. Oui, je l'aime ! Ca te va?
-T'es complètement cinglé ! Assieds-toi. tu ne m'en as jamais parlé ?
-Commentj'aurais pu ? Dans quel ordre ? Une vieille dame qui compte les pigeons. Un dictionnaire où tu t'appelles "fenouil". Et une ville envahie par les rats. Personne m'aurait cru.
-Moi, je t'aurais cru.
-Tu la verrais. Toute fragile, avec ses petites pattes fines. On dirait ces petits animaux en verre, qu'ils vendent.. ..chez Grandjean, à la papeterie. La biche qui est dans la vitrine... Je pourrais la casser comme ça. Maintenant, elle verra le film en noir et gris, ..puis après, en noir et noir. Tu trouves ça juste, toi ?
-Oui, elle va devenir aveugle. Qu'est-ce que j'y peux, moi ? Lui filer un coup de lave-glace..
..
pour désembuer les yeux ?!
-T'énerve pas.
-Je m'énerve pas. Qu'est-ce qu'elle va devenir ? Avec son regard dans le potage ? Qu'est-ce qu'ils vont devenir, ses livres à elle ? Elle lit comme elle respire. Alors, quand elle s'arrêtera de lire...
-T'as qu'à lui lire, toi.
-Quoi ?
-T'as qu'a lui lire.
-Mais jamais je pourrai.
-Tu dois essayer, Germain.
-Fais voir.
-C'est sa canne.
-C'est magnifique.
-Je peux vous aider?
-Euh, oui. Bonjour. Je cherche un livre.
-Vous êtes au bon endroit. Vous avez le titre ou l'auteur ?
-Non, un livre, c'est tout, un livre.
-Essai, documentaire, fiction ?
-Je voudrais... Un livre qui raconte une histoire. Un livre.
-De quel genre ?
-Courte.
-Oui, un roman, ça serait bien. Mais pas trop gros et facile à lire.
-Un roman...
-J'aimerais...
-Pas trop gros.
-Facile à lire.
-Oui. "Comment s'était formée cette rue flottante ? Jusque-là, ça va, ça veut rien dire, mais ça va.
-"Quel marin".
-Ah oui. "Quel marin,
avec l'aide de quel architecte, "..l'avait construite dans le haut Atlantique, "..à la surface de la mer, "..au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ?" Putain, ça fait profond ! 6 000 m ! Je te signale, ça fait 6 km.
-Merci.
-C'est rien de dire que l'Atlantique, il est haut, là. "Cette longue rue, ces toits d'ardoise, "..ces... humbles boutiques, "..immuables..." ? Ah merde, ça commence, et puis j'ai plus le dico. "immuables"...
-C'est quand ça bouge pas. Comme toi, par exemple, quand t'es pas d'accord, ..t'es immuable.
-Ah ! immuable. "Comment cela tenait-il debout, sans même être ballotté..." Ballotté... Ballotté par quoi ? Oui, ben oui, "par les vagues". "Ballotté par les vagues ?" "L'enfant se croyait. "..la seule petite fille au monde. "Savait-elle seulement qu'elle etait.. "..une petite fille ?"
-Qu'est-ce que tu comprends pas, là ?
-Non, c'est... Je me dis que cette mouflette paumée au milieu de rien, “c'est comme Margueritte,
là, qui est.
..comme un moineau... "Comme s'il vivait, aimait.. "..et se trouvait toujours.. "..sur le point de.. "..mourir, "..un être infiniment. "..déshérité dans.. "..les solitudes.. "aquatiques."
-Plus vite. Reprends. sur le point de mourir, ("..un être infiniment déshéritéf‘)
-Plus fort.
-Comme quand on fait l'amour ?
-Quoi ?
-Tu dis "plus vite, plus fort"
-Quoi ? Qu'est-ce qu'y a ?
-J'aime quand on le fait, mais pas qu'on en parle.
-Oh...
-Continue. Il soupire.
-La belle de Cadix a des yeux de velours...
-Qu'est-ce que tu fous ?!
-Tch\c a tchxc a tchxc...
-T'es pas cinglée ? Donne-moi ça. Donne-moi ça. Tu m'arroses ! Laisse-moi ! Je te préviens, j'appelle la police !
-C'est ça, allez, rentre.
-Au secours !
-Rentre !
-Monte.
-Je suis ta mère, merde !
-Oui, maman, monte.
-Laisse-moi. Tu me fais mal !
-Monte, que je te dis. Attention à ta tête.
-A'I'e ! Mais tu me fais mal, connard ! Je suis fatiguée.
-Allonge-toi.
Voilà.
-Je vais te faire du café. D'ac ?
-Oui. Maintenant, je vais te dire qui c'est, ton père.
-Oui...
-C'est Luis Mariano ! Ah ah ah ! Elle rit puis tousse.
-Je l'ai travaillée avec un fer a souder. Le tour de l'oeil, c'est pour ça qu'il est noir. Puis je l'ai brossée au papier de verre, ..lustrée avec une peau de chamois, ..et ensuite, j'ai verni.
Comment vous la trouvez ? Elle est belle ?
-Je ne la déteste pas, Germain. C'est une Iitote. "Vous n'êtes point laide", pour dire "vous êtes belle". Je ne la déteste pas. Pour dire "je l'adore". Je l'adore, Germain !
-Gardez les yeux fermes, j'ai une petite surprise.
-Quoi donc ?
-Les yeux fermés.
-Ah bon !
-Alors, quel marin... "Quel marin, avec l'aide de quel architecte, "..l'avait construite dans le haut Atlantique, "..au-dessus d'un gouffre.. "..de six mille mètres ?" Ca s'appelle "L'Enfant.. "..de la haute mer".
-De Supervielle. Continuez.
-"Cette longue rue, "..ces toits d'ardoise,
"..
ces humbles boutiques immuables, "..comment cela tenait-il debout, sans même être ballotté ?" Ca vous plaît ?
-Beaucoup.
-Je continue ?
-Continuez.
-Fermez les yeux. "L'enfant se croyait. "..la seule petite fille au monde. "Savait-elle seulement.. "..qu'elle était une petite fille ?"
-"Save the world" ! Quand tu auras fini.. ..de sauver le monde, ..tu remets une tournée ? A toi.
-Voilà. Messeigneurs...
-Bravo.
-"Messeigneurs", l'autre !
-On fait pas la belle ?
-Non, j'ai pas le temps.
-Pas le temps de parler avec tes amis ? De jouer ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu bois presque plus, tu dis des mots.. ..qu'on comprend pas, tu t'en vas, ..où ça s'arrête ?
-T'as changé. Et on préférait avant.
-ll va plus baiser. Je plains Annette.
-Je ne la baise plus. T'as raison. On fait l'amour. Si je connais 5-6 mots de plus, ..faut pas m'en vouloir. Si ça vous plaît pas, ..eh ben, je vous emmerde. Et c'est pas une Iitote !
-Un jour!
-Oh, putain, elle a tout laissé..
..allumé, c'est pas vrai. Tu peux pas au moins éteindre en bas ? Il soupire. Il sanglote.
Maman... Téléphone. *-Maître, c'est M. Chazes.
-Ah oui... Je l'avais oublié, celui-là. Je vous attendais. Bonjour, M. Chazes. Mes condoléances attristées. Asseyez-vous. Alors, voyons voir. Votre mère n'ayant aucun autre héritier, ..la maison vous revient. D'autre part, il y a une somme...
-La maison ?
-Ben, sa maison, oui.
-Elle était locataire.
-Elle l'était, puis elle l'a achetée en viager.. ..à M. Blondeau. En économisant sou par sou. Elle en a fait, ..des heures supplémentaires, à la conserverie. Le jour, ..la nuit. Et elle a eu raison, parce que... bingo! Y a 6 ans, le père Blondeau, il est mort. Oui. C'était pour vous, tout ça. Elle vous l'avait pas dit ?
-Non. Et il y a cette boîte que je dois vous remettre. Enfin, je vous avoue que je ne l'ai même pas ouverte.
-C'est votre père ?
-C'est mes parents. C'est quoi, ça ?
-Quoi donc ?
-Le plastique, là...
-En fait, je vous avais dit que je ne l'avais pas ouverte, mais... quand j'ai vu ça, ça m'a... D'après elle, c'est un morceau de... de votre cordon ombilical. Klaxon.
-Tu te rends compte ? Jamais. Pendant des années. Elle a mis plein de ronds de côté pour moi, rien que pour moi. Tu le crois, ça ?
-Oui, je le crois.
-Qu'est-ce que je vais faire avec tout ce bazar ? A part la photo ?
-Fais-la voir.
-Tiens. Regarde.
-Ils étaient tout jeunes.
-Oui.
-Et beaux ! Ils se sont aimés combien de temps ? Longtemps. Au moins cinq minutes.
-Je suis enceinte, Germain.
-Ah ?!
-Je suis enceinte. Doucement. Doucement. Attention. Ils rient. Arrête-toi !
-Que se passe-t-il ?
-ll faut que je le dise à Margueritte. Tiens. Tiens, la boîte. A ce soir !
-Elle est partie.
-Comment ça ?
-Sa famille est venue.. ..la reprendre. Son neveu.
-Pourquoi ?
-ll pouvait plus payer.
-Ils sont venus quand ?
-Ce matin.
-Sans prévenir?
-Ils nous ont prévenus, nous,
mais pas elle.
-Elle reviendra pas ?
-Je crois pas. Ils ont tout emporté : la mamie, les meubles, les livres.
-Ils habitent loin ?
-Oh là ! Au diable vauvert.
-C'est où, ça, le diable... ?
-Au nord-est de la Belgique. Il y a une adresse et un téléphone.
-Elle a pas laissé une lettre pour moi ?
-Elle a laissé ça.. ..pour vous.
-Merci. Ah oui... Oui, c'est... Ah, Princesse... Cachou, Pierrot. Cocotte, Voleur. Boiteux... Bouboule, t'es revenu, toi. Marguerite... Sonnette. Bonjour. Je viens voir Margueritte.
-Bonjour. Elle est pas là, ..Margueritte.
-Vous êtes son neveu ?
-Oui. Elle habite pas ici.
-Elle est où ?
-Vous êtes qui ?
-Germain Chazes, son ami.
-Ah bon. On n'est pas Crésus.
-Chou ? T'as l'adresse ? On va vous la donner. Brouhaha en flamand. Non, Van de Veld.
-Een minut...
-0ui, ça va.
-Meneer !
-C'est poli de vous sauver comme ça ? C'est correct ?
-Quelle bonne surprise ! Que faites-vous ?
-Y a des roues ? Oui, en avant!
-Vous ne vous rendez pas compte, c'est un enlèvement !
Sans les papiers administratifs, sans l'accord familial... Sans permission de sortie ! EHe rat Quel imbroglio !
-"Un gros gligligno" ? Le temps qu'ils trouvent le mot.. ..dans le dico, on sera chez nous.
-J'ai pas de "chez nous".
-Mais enfin ! Si, chez moi.
-Oh, Germain ! Dites, ils ont l'air toujours aussi fameux, vos sandwichs.
-Vous en voulez ?
-Oh oui ! Cette fois, je veux bien. Merci.
-Voilà ! Bon appétit.
-Merci.
-C'est une rencontre pas ordinaire. Entre amour et tendresse. Elle avait pas d'autre adresse. Elle avait un nom de fleur, elle vivait au milieu des mots. Des adjectifs tirés par les tifs. Des verbes qui poussent comme des herbes. Y en a qui passent en force, elle est passée en douceur. De mon écorce à mon coeur. Dans les histoires d'amour, y a pas toujours que de l'amour. Parfois, y a même pas de "je t‘aime". Pourtant, on s'aime. Je l'ai trouvée par hasard, sur un banc de mon square.
Elle faisait pas trop d'écume, pas plus grosse qu'une colombe, ..avec ses petites plumes. Elle était au milieu des mots, ..des noms communs, comme moi. Elle m'a donné un livre puis deux, ..des pages qui m'ont éclaté devant les yeux. Meurs pas maintenant, t'as le temps, attends. C'est pas l'heure, ma petite fleur. Donne-moi encore un peu de ta vie. Attends.
ce n'est pas fatigant ? Vous êtes pétillante, mais quand vous travaillez... ?
-Non, ça ne me fatigue pas. J'aime le cinéma. On s'occupe bien de vous. On vous demande si tout va bien, si on n'a besoin de rien. Au théâtre, ..on est face à soi-même.
-Vous avez arrêté le théâtre ?
-Oui, ..mais je n'arrête pas le cinéma.
-Vous avez longtemps arrête le cinéma pour le théâtre, ..quand vous étiez à la Comédie-Française.
-C'était à mon corps défendant. C'était pour le théâtre, ..mais je n'obtenais pas de permission pour tourner. Mon service à la Comédie-Française était trop important.
-Votre 1er film date de 1934.
Vous aviez 20 ans.
-On ne peut rien vous cacher.
-Le cinéma a-t-il beaucoup changé.. ..ou est-ce toujours le même métier?
-C'est tout de même plus simple. Un petit détail technique et bête. On avait, à l'époque, des lampes.. ..qui vous chauffaient terriblement. Là, il y a un progrès. C'est beaucoup plus souple, ..plus agréable. Mais j'aime bien le cinéma. Ca me détend.
-Vous êtes tendue, sinon ? Vous n'en avez pas l'air.
-Non, mais le cinéma... Au théâtre, on meurt de trac. Au cinéma, ce n'est pas le même trac, ..la même émotion.
-Vous avez tourné avec Raimu, avec Michel Simon, ..Jean Gabin. On dit que Depardieu est toujours moderne. Il tranche par rapport à Raimu, Michel Simon, Gabin ? Ou bien les acteurs ne changent pas ?
-Chaque acteur, si c'est un bon acteur, ..ceux dont vous me parlez l'étaient, ..je pense qu'il s'adapte à chaque situation. Ils sont très modernes quand c'est un film très moderne.
-Dans "La Tête en friche", vous êtes sur un autre tempo..
..que Depardieu. Vous avez cette douceur que vous gardez tout le temps. C'est un autre rythme. C'est un personnage qui a un certain âge.
-C'est le personnage qui veut ça. Il a largement dépassé celui de Depardieu.
-Jean Becker, le réalisateur, ..vous aviez tourné avec lui "Les Enfants du marais".
-Oui.
-Comment le trouvez-vous.. ..en tant que réalisateur? Il est très classique.
-Très agréable. Il ne vous impose rien. Jean Becker, j'ai tourné avec lui, ..et je le connais car nous avons la même passion pour l'île de Ré. Il est à l'île de Re, pas très loin de mon petit village. Quelque temps avant de tourner "La Tête en friche", ..il me téléphone et, avec une voix affolee, me dit : .."Gisèle, j'ai appris que vous faisiez de la bicyclette !" Je lui dis : "Oui, depuis l'âge de 8 ans." "Mais là, vous en faites en ce moment?" "Oui, je me déplace à vélo dans le village." "Mais vous tournez dans quelques
jours !
Si vous tombez ?" "Je n'ai pas l'intention de tomber." Il était affolé de penser qu'à mon âge avancé, ..je faisais du vélo.
-Y a-t-il des choses que vous avez cesse de faire, ..à part le théâtre ? J'ai l'impression que vous menez toujours la même vie.
-Oui... Je suis, Dieu merci, en bonne forme. Mais je ne fais pas d'excentricités. Le vélo, ce n'est pas très excentrique.
-Le cinéma non plus.
-Non ! Il faudrait que je recherche dans ma mémoire, même proche, ..si j'ai fait quelques excentricités. Ca va. J'ai encore, je n'ose pas dire bon pied, bon oeil, ..ce serait prétentieux, mais ça va.
-Si je vous dis que vous faites 20 ans de moins, ça vous en fait 80.
-C'est déjà pas mal.
-Merci, Gisèle Casadesus, ..d'être venue revoir "La Tête en friche" avec nous.
-C'est une joie.
-"La Grande Soirée cinéma" continue. Un autre film avec Depardieu, "Diamant 13".
-Je vais me régaler.
-Très bien.
Juste après le "Soir 3".
- Madame, Monsieur, bonsoir. Après le verglas, c'est au tour du vent et de la pluie de nous encombrer avec l'arrivée d'une perturbation par l'ouest du pays. Le vent pourra allerjusqu'à 90 km/h du côté de la Normandie avec de fortes pluies, 100 km/h sur les côtes de la Manche et 90 km/h sur la façade atlantique. Retour de la neige sur les Alpes atlantique. Retour de la les Alpes mais également de fortes pluies sur la Côte d'Azur. L'après-midi, toujours de l'instabilité sur la Côte d'Azur avec de la l'instabilité sur la Côte avec de la neige sur les Alpes ainsi que des risques d'avalanches. avec de fortes pluies et des rafales de vent sur la Manche et la