Sagesses bouddhistes

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de votre
- Bonjour.
"Sagesses Bouddhistes" poursuit son entretien avec Sa Sainteté le XIIe Gyalwang.
Droukpa, en son centre de Plouray, dans le Morbihan. Il y développe sa vision moderne et constructive de l'engagement bouddhiste en Occident.
-Bonjour à tous. Merci de nous retrouver sur le plateau de "Sagesses bouddhistes" pour la suite de notre entretien exceptionnel avec sa sainteté, le Xlle Gyalwang Drukpa. Nous avons vu l'histoire de la lignée Drukpa Kagyu, l'une des plus importantes de la tradition tibétaine. Je vous propose de revenir sur l'importance du centre de Plouray en Bretagne mais aussi sur la manière d'enseigner le bouddhisme. Je vous laisse découvrir la suite de cette très belle rencontre.
-Votre sainteté, bonjour. Nous nous retrouvons pour la suite de notre entretien dans votre centre. En quoi est-il si important et comment voyez-vous l'évolution de ce centre européen ?
-Ce centre, je l'ai choisi comme de Drukpa Europe.
Premièrement, parce qu'il est dans un lieu isolé et qu‘ainsi, les gens qui viennent, notamment les débutants, peuvent contempler leur esprit, leurs manières, leur personnalité, et qu'ainsi, ils seront plus rapidement prêts pour l'action.
Si vous n'êtes pas dans un endroit isolé, vous ne pouvez pas vous concentrer comme il faut. Vous risquez alors d'être distrait parla vie citadine, et tout ce genre d'activités. C'est un très bon lieu pour ce genre d'activité. Deuxièmement, pourquoi est-ce si important? Parce que c'était pratiquement le 1er centre que nous avons fondé en Europe. Presque. Avant, nous avions un nom pour un centre dans le sud. Mais ce n'était pas exactement cela. Donc on peut dire que c'est pratiquement le premier centre en Europe. C'est la 2de raison. Et la 3e raison, c'est parce que d'une certaine façon, vous savez ici, dans cette région, la Bretagne, les gens, leur culture semblent très similaire à la culture que
nous avons chez nous.
-Eî pourquoi ?
-Je ne sais pas. Mais par exemple, quand ils chantent, c'est assez similaire. Egalement, le comportement des gens, leur conduite, leur franchise. Vous savez, je ne sais pas comment vraiment le dire, mais je sens beaucoup de similitudes. non seulement des similitudes culturelles, mais les gens par ici sont si gentils. Par exemple, ces jours-ci, nous avons plus de 80 moines et nonnes qui sont ici, accomplissant toutes sortes de pratiques et de rituels. Et les gens sont très heureux de nous aider. Ce qui est très rare. Partout où il se passe quelque chose, il y a des problèmes. Mais ici, il n'y a aucun problème. Tout le monde vous soutient. Tout le monde est prêt à vous aider. Ils pensent aussi que si vous ne nuisez pas à qui que ce soit, vous aidez tout le monde. Alors, pourquoi on ne vous soutiendrait pas ? C'est ce que je ressens dans leur langage. Bien sûr, ils ne le disent pas. Mais je ressens quelque chose
de cet ordre. Et je trouve cela très chaleureux. Donc, cet endroit est très important, et je pense qu'il le sera pour de nombreuses années à venir.
-Avez-vous des projets particuliers pour ce centre de Plouray ? Comment envisagez-vous son avenir et dans quels domaines ?
-Concernant l'évolution de ce centre, je pense qu'à longue échéance, nous devrions pouvoir, comment dire, offrir des programmes interactifs. Et que nous puissions échanger nos connaissances. Pas seulement avec les Européens, d'une manière générale, mais en particulier avec les gens de cette région, qu'ils puissent venir et apprendre de nous et que nous, également, allions vers eux, et apprenions d'eux leur belle culture concernant la danse, la musique, l'agriculture et toutes sortes de choses. Que nous ayons des échanges mutuels, que nous soyons à même de générer l'énergie qui vienne en aide à autrui. C'est ce à quoi je pense mais c'est juste un projet dans mon esprit.
Mais ça n'a pas encore vraiment débuté.
Je pense que ça va prendre beaucoup de temps pour le faire. Il y a beaucoup de personnes qui sont déjà là, prêtes à répondre favorablement. Mais d'un point de vue théorique, ils sont prêts, mais d'un point de vue pratique, il y a besoin de préparatifs.
-Pensez-vous que les Occidentaux appréhendent le bouddhisme d'une manière particulière ? Quelles différences il pourrait y avoir entre l'orient et l'occident dans la compréhension et la pratique du bouddhisme ? Il y a une petite différence. Malheureusement les Occidentaux, quand ils abordent et étudient le bouddhisme, ils pensent que c'est difficile car ce n'est pas dans leur sang pour commencer. Les Occidentaux, originellement, ont une approche religieuse. Et le bouddhisme est une philosophie. Donc quand ils viennent, ils trouvent parfois que c'est un peu difficile. Mais en même temps, beaucoup d'entre eux sont enthousiastes. Et c'est aussi une des raisons,
je pense, que de nos jours, le bouddhisme est bien reconnu, du moins en France.
C'est bien accepté. Et en particulier, le bouddhisme tibétain est très bien accepté. Pourquoi ? Parce que c'est une philosophie. Et en particulier, dans la lignée Drukpa, on dit toujours qu'il est important de ne pas être attaché au fait d'être religieux. L'esprit religieux est toujours problématique. En raison du sectarisme. Mais la philosophie, la spiritualité ou la philosophie n'ont pas de frontières. Vous savez la philosophie n'a pas de frontière. Elle est universelle. Donc, je pense je ne sais pas, je n'ai jamais entendu de personnes mais je crois que les Français savent que c'est une philosophie, que c'est universel. Une spiritualité universelle et que cela aide. C'est l'amour, la compassion, ce n'est pas une affaire religieuse. Peut-être est-ce pour cela qu'ils Pacceptent très bien.
-Vous êtes le seul maître à pouvoir accomplir un rite très important,
celui des 6 ornements de Naropa.
Pourriez-vous nous expliquer le symbole de ce rite ?
-Quand on fait référence aux 6 ornements de Naropa, il faut savoir que Naropa était un Indien qui s‘eveilla en l'espace d'une vie. Il devint éveillé. Il était issu d'une famille royale et menait une vie confortable. Mais il quitta cette situation. Il étudia et devint l'un des plus grands abbés de l'université de Nalanda, soit la plus grande université bouddhiste. Ensuite, il se mit en retraite et se consacra aux pratiques et aux méditations les plus ultimes sous la direction de Tilopa. Quand il devint éveillé, les dakinis ou esprits locaux lui donnèrent Ces ornements lui furent remis et il les porta, il pratiqua et il aida de nombreux êtres, avant d'atteindre le parinirvana, le départ en l'au-delà. Quand il quitta ce monde, il les transmit à l'un de ses étudiants, et il s'agit de ces ornements. En 2016, nous allons célébrer le millième anniversaire de Naropa.
Ce sont ces ornements que je porte. Je les ai portés 3 fois dans ma vie. Bien sûr, le fait de les porter signifie que je les revêts. Les gens viennent à ce moment-là. Bien sûr, vous vous demandez ce qu'il va faire avec ces ornements ? Pourquoi il les porte ? Les gens viennent. Et ils croient que s'ils voient ces ornements, ils seront libérés de tas de problèmes. Quels que soient les problèmes que vous pouvez avoir. C'est ce que l'on croit. Parce que ces ornements étaient très spéciaux de toute façon. Ils étaient spéciaux dans leur fabrication, et très spéciaux dans la manière dont ils étaient portés. Dans des occasions particulières car il s'agissait de Naropa, c'était Naropa qui les portait à l'époque, c'est la raison qui fait que c'est devenu une très grande cérémonie. Dans ma vie, je ne les ai portés que 3 fois. Et à chaque fois, il y a eu beaucoup de monde qui est venu. 200 000 personnes qui viennent pour voir. Ca n'est
pas une plaisanterie, vous savez.
Parce que je dois les porter. Et il y a tellement de gens qui viennent pour les voir. Ca prend beaucoup de temps, je dois les porter pendant une journée entière pour que les gens puissent les voir. C'est ce genre de chose.
-Merci infiniment, votre sainteté, merci beaucoup.
-Merci, merci. Tout le plaisir est pour moi.
-Si vous souhaitez aller plus loin, voici 2 ouvrages de sa sainteté Gyalwang Drukpa chez Claire Lumière. "Un chemin peu commun. Repères pour la voie spirituelle." Un ouvrage d'enseignements qui ramènent à l'essentiel. "La méditation du dragon" où le Gyalwang Drukpa aborde le thème de la vérité au-delà des apparences en nous donnant des outils comme la compréhension, la méditation, la dévotion ou la bénédiction. Enfin, "La vie de Naropa. Tonnerre de grande béatitude", publie chez Points sagesses.