Je pense que Jean-Luc Godard est allé sur sur le plateau pour la rencontrer.

Dans On n'est pas couché sur France 2 - le samedi 9 septembre
Michel Hazanavicius. Installez-vous. Ça sort mercredi prochain. On en avait parlé en présence de Bérénice Bejo et de Michel Hazanavicius à Cannes. Le film a été présenté vécu le Festival? Louis Garrel: Le film a été bien accueilli. Mais quand j'ai le trac, je vois tout flou. Ce sont des moments de grand trac. Laurent Ruquier: Vous aviez lu des critiques dans la presse? C'est assez rare d'avoir autant de critiques bien longtemps avant qu'il ne sorte. Louis Garrel: Je lis tout.
Les blogs, la critique à gauche, à droite, au centre. Stacy Martin: Moi, je ne lis rien. Laurent Ruquier: A Cannes, vous aviez pu rencontrer Anne Wiazemsky. Stacy Martin: Quelqu'un a marché sur ma robe. Je me suis retournée. Elle s'est excusée. C'était elle. J'étais très émue. Laurent Ruquier: Elle est devenue romancière. Elle était étudiante à l'époque. Elle avait déjà tourné dans un film de Robert Bresson. Godard est tombé amoureux d'elle, c'était un amour réciproque.
Stacy Martin: C'était un amour immédiat. Je pense que Jean-Luc Godard est allé sur sur le plateau pour la rencontrer. Ensuite, s'ensuit cette histoire d'amour qui va très vite et qui s'arrête aussi. Laurent Ruquier: Elle est la petite-fille de François Mauriac. Michel Fau: C'était une très belle actrice. Elle jouait aussi Laurent Ruquier: Elle a même joué dans un film de votre papa, Louis Louis Garrel: 2 films. Je l'avais rencontrée quand j'avais 6 mois. Laurent Ruquier: Jean-Luc Godard.
Vous aviez 16 ans quand vous l'avez aperçu. Louis Garrel: Non. J'étais au café en train de boire un café. J'ai entendu Jean-Luc Godard. Il était au comptoir. Laurent Ruquier: J'ai lu que vous disiez en 2011: "Je n'étais pas cinéphile, pas autant que mon père. Je faisais du troc avec Philippe." "Hélàs pour moi", de Jean-Luc Godard que lui me donnait contre "La cité de la peur"des Nuls. Louis Garrel: A 12 ans, j'ai vu "Hélas pour moi" avec mon père. C'était too much. Je ne l'ai pas compris.
Lui "La cité de la peur", il a bien Laurent Ruquier: On peut aimer les deux. Louis Garrel: J'ai compris il n'y a pas longtemps que la citation cité de la peur". "On peut aimer mille personnes...
" c'est Michel Hazanavicius qui l'a écrite. Vous vous rappelez de cette réplique? Personnelle Roselyne Bachelot: Mais si! Laurent Ruquier: La vérité, c'est que le Festival de Cannes est interrompu à cause de Jean-Luc Godard et quelques autres, qui demandent à ce que le Festival de mai 68 soit annulé. Pas de bol, il y a Michel Cournot qui était critique et son film qui devait être projeté ne le sera Louis Garrel: Il était très admiratif de Jean-Luc Mais en 68, il avait son 1er film sélectionné. C'était exceptionnel pour lui. Et il se trouve que c'est l'année où son ami Jean-Luc Godard fait interdire le Festival. Ils rentrent tous dans une voiture et Michel Cournot n'arrive pas à dire qu'il est déçu. La scène est déprimante quand je la raconte...
Laurent Ruquier: Non, elle est très drôle. Dans le film, Jean-Luc Godard dit: "Si tu aimais le goût de la merde, je te l'aurais fait sentir." Yann Moix: Sergio Leone disait que Jean-Luc Godard jouait avec le cinéma. Michel Hazanavicius fait la même chose. La grande trouvaille de ce film, et c'est un vrai fantasme pour un réalisateur, c'est d'injecter un réalisateur dans son propre univers visuel. C'est un film très drôle. Il ne se prend jamais au sérieux.
Dans "Sauve qui peut la vie", c'est un film burlesque. Le fond et la forme sont cohérents, on est dans un film de Godard avec Godard dans des codes godardiens. La réussite au carré, c'est qu'on peut ne pas connaître Godard, mais que le film est visible quand même. Ça joue avec le sérieux sans en être. Laurent Ruquier: Les dialogues sont réussis. Un mot de Christine Angot qui a vu le film. Christine Angot: C'est un film sur Godard avec Godard.
C'est aussi le thème du grand artiste qui a une réputation difficile. Il n'est pas le seul. Il y a Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche... Je cite Cannes quand il reçoit la palme en 87. Pialat a dit: "Vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus". Ça nourrit un peu l'ambiguïté par rapport à certains artistes.
Quand vous êtes un peu mal à l'aise au début, quand vous avez cette proposition de jouer, il y a cette phrase que vous proposez à Michel Hazanavicius: "L'homme le plus grand, si digne soit-il, est ridicule au moins 2 fois par jour." Michel Hazanavicius est super content que son acteur lui propose cette phrase. Il se dit que c'est lui qui lui donne l'arme avec laquelle il va pouvoir faire ce qu'il veut. Au fond, le film aurait pu s'appeler "Le ridicule".
Le personnage de Godard dans ce film est quand même surtout très ridicule. Je me suis accrochée à vous pendant tout le film. Je n'ai pas aimé ce que dit le film, mais je me suis accrochée à vous et à ce que vous disiez. Les phrases qui sont dans la bouche du personnage de Godard, c'est quelque chose. Laurent Ruquier: "J'aime pas les vieux, alors quand c'est moi le vieux, je ne m'aime pas." Christine Angot: Toutes les phrases sont extraordinaires et vous les faites vraiment entendre.
Heureusement qu'il y a eu ça dans ce film. La scène de la voiture, elle est vraiment très bien. La façon dont vous essayez malgré tout, malgré le regard du metteur en scène porté sur cette histoire et ce film, malgré ce regard moqueur et la façon dont vous essayez au 1er degré de défendre ce personnage, ça m'a beaucoup touchée. Un acteur, c'est un acteur. Il ne peut pas ramer tout seul contre la vision d'un metteur en scène. Et Godard perd la partie, pour moi.
Quand il vous faire le pitre, Michel Hazanavicius, en imitant Godard, alors que c'était pas votre intention de départ, il vous dit de le garder. Garder l'accent suisse et les zozotements aussi. Godard n'a pas l'air très intelligent. C'est un comble. Godard est une espèce d'intelligence qui est dans le sourire, tout Louis Garrel: Je suis d'accord avec vous qu'il est extrêmement intelligent. Laurent Ruquier: C'est l'écueil dans lequel vous ne vouliez pas tomber.
Louis Garrel: Il me fait la proposition, c'est d'abord l'idée du biopic. On prend un personnage qui est dans la tête de tout le monde. Quand tu es inclus dans le film, on ne fait pas un billet de 500E, on fait un billet de Monopoly. Ce n'est pas un vrai Godard. Il n'y a rien de plus beau que la vérité d'un homme. On ne peut pas imiter un autre homme.
Comme c'est un traitement comique, comme c'est distancié, et que moi dans le film je dis que c'est un acteur qui fait semblant d'être Jean-Luc Godard, c'est inclus dans le film que c'est une réduction. Etant moi-même beaucoup moins intelligent que Jean-Luc Godard, je serai toujours moins intelligent. Christine Angot: C'est pas vrai du tout. Vous êtes un acteur. L'intelligence d'un acteur, ça existe. Louis Garrel: Je pourrais être travesti dans le film, avec un masque.
Je suis un peu moins qu'un homme et peut-être un peu plus. Ce n'est pas un film naturaliste. Roselyne Bachelot: Je comprends rien à ce que vous dites. Christine Angot: Godard, c'est Godard. Ce n'est pas n'importe qui. Ce film fait discussion. Je ne suis pas la seule à ne pas avoir aimé ce que raconte ce film. Mais il y a des gens comme Yann et Laurent qui l'aiment beaucoup. Laurent Ruquier: Ça m'amuse, je ne suis pas un pro-Godard au départ.
Christine Angot: La figure de Godard est un peu ridiculisée. Un autre metteur en scène arrive 50 ans plus tard et pense qu'il est dans une voie de garage et que cela ne va pas du tout, Sa femme se demande ce qu'il fait et pourquoi il ne fait pas comme avant. On peut comprendre qu'un artiste préfère faire des films plutôt que de rester avec une femme qui peut-être croit l'aimer mais ne l'aime pas tant que ça. Louis Garrel: J'essaye d'expliquer à Roselyne Bachelot.
Jean-Luc Godard décide de renoncer au cinéma traditionnel, de ne plus signer ses films de son nom et de les signer d'un collectif. Il entame sa période de films politiques. Le changement qu'un artiste a envie d'opérer dans sa pratique artistique, et donc Michel fait de tout ça une comédie. C'est son ambition de départ.
Il y a des gens très admiratifs de Jean-Luc Godard, comme Christine et moi, qui peuvent dire: "Attention, vous réduisez Godard à quelque chose qui n'est pas Jean-Luc Godard." Mais c'est comme une bande dessinée. C'est une réduction de plein de thèmes. On ne peut pas être fidèle à tout. Laurent Ruquier: Vous avez eu un doute avant d'accepter. Louis Garrel: Bien sûr. Mais pas concernant ce qu'on pourrait penser de Jean-Luc Godard.
Il a tellement vaincu, je n'ai pas peur pour lui ni pour son oeuvre. Le film est fait par Michel. Il n'est pas attaqué. Il a déjà vaincu. Christine Angot: Il y a aussi la question, dans un film comme ça, et notamment pour un acteur, de choisir son camp. Sollers a écrit un livre qui s'appelle "La guerre du goût". Ça existe. Il n'y a pas que des guerres avec des fusils. Il y a aussi des guerres avec des films et des livres. Il y a des camps. Parfois, il faut choisir son camp.
Est-ce qu'un acteur peut choisir son camp? Louis Garrel: Michel ne l'étant pas, il est du même côté de la rivière que moi. J'ai regardé l'émission la semaine dernière, et vous disiez qu'à l'école, on s'identifiait à un maître. Moi, Jean-Luc Godard, je m'identifie à lui depuis que j'ai 12 ans. Il me fascine. Et parfois, il y a des gens qui ne sont pas du tout fascinés par lui, qui le trouvent ennuyeux et brumeux. Michel n'est pas du tout comme ça.
Pour faire un film grand public, c'est peut-être pas mal qu'on discute et qu'on se dispute. Jean-Luc Godard n'est pas conventionnel. Je me suis dit que ce film-là pouvait être une citation ou une évocation de ce qu'il a pu provoquer dans le cinéma. C'est tout sauf quelqu'un qui était gentil, ou lisse. Laurent Ruquier: On ne sait pas s'il l'a vu. Louis Garrel: Ça ne l'intéresse pas. Il est en train de faire son prochain film.
Yann Moix: Quand Christine parle de ridicule, elle n'a pas tout à fait tort sur une chose. Ce n'est pas tant Godard qui est ridicule que l'époque à laquelle il a fait ses chefs-d'oeuvre. Il y avait une part de ridicule à la fin des années 60. Le structuralisme, l'hypertextualisme, les revues littéraires dans lesquelles on ne comprenait rien. Cet engagement pour Mao qu'on regrette aujourd'hui. C'est comme si on avait soutenu Hitler. Aujourd'hui, les films de Godard sont attachés à son époque.
Ils sont esthétiquement magnifiques mais peut-être que Michel Hazanavicius a voulu aussi montrer Stacy Martin: Ce n'est pas un aveuglement. Comme le personnage de Jean-Luc, je dis Jean-Luc car pour moi, ce n'est pas Godard. C'est l'homme que Louis Garrel a créé en tant qu'acteur. Yann Moix: Lui, il appelle tout le monde par son prénom. Laurent Ruquier: Oui, tout à l'heure, il a dit "Jean-Michel", il parlait de Jean-Michel Blanquer. Vous le connaissez?
Louis Garrel: Je l'ai vu la semaine de votre émission. Stacy Martin: Cet homme qui change les choses, c'est très beau. Même s'il a fait des choses qu'on peut croire ridicules, c'est une force interne incroyable. Louis Garrel: Je ne trouve pas qu'il soit ridiculisé. Yann Moix: Ce film, c'est un Woody Allen.