Voici la prochaine S. Crépon: On dit qu'il y a une catégorie sociale qui vote pour Marine Le Pen.

Dans C dans l'air sur France 5 - le samedi 9 septembre
On pense donc que c'est le Front national. En revanche, Marine Le Pen en a parlé ce matin, sans être vent debout sur cette réforme. Bruce Toussaint: Va-t-il y avoir une guerre interne qui va aboutir à une sorte de scission? S. Crépon: Je ne pense pas. Ily a l'historique de 1998 entre Le Pen et Mégret. On voit que ce serait très compliqué de survivre à une scission. Ça risquerait de le marginaliser. Je ne pense pas qu'on arrivera à une scission, mais à des départs.
Sur la question sociale et économique, je crois qu'on touche les limites du Front national. C'est apparu lors du débat. Si on prend le programme du Front national, 90% des mesures touchent à l'identité. Si on prend la question de l'emploi, la question sociale, tout est solutionné par l'identité. La fermeture des frontières, l'identité nationale, etc.
Lorsqu'il faut aborder les questions en deça des problématiques identitaires, ce qui a été demandé à Marine Le Pen pendant le débat, on voit que le Front national a beaucoup de difficultés. Sur la loi Travail, c'est une loi qu'il faut aborder à travers un prisme qui n'est pas celui du Front national, et il est inaudible. Bruce Toussaint: Ce n'est pas le boulot de Florian Philippot? Il devait trouver des réponses?
Yves Thréard: Il est présenté comme l'homme de la rupture à l'intérieur du Front national, mais sa voix est amoindrie. Il n'est pas député. Dans la machine frontiste, le fait qu'il ne soit pas élu député... Il n'a pas réussi à se faire élire député, ça l'a affaibli. Gilbert Collard est l'un des plus cultivés de la bande. Il s'en sert énormément. Celui qui veut tuer Florian Philippot aujourd'hui, c'est Gilbert Collard. Je crois qu'il a changé de stratégie, Florian Philippot.
Mais je m'éloigne du débat social. Il a changé de stratégie, car il voulait aller au clash, et il pensait partir. C'était la ligne sociale souverainiste qui était abandonnée. Sa présence à Brachay le prouve: il a abandonné le projet. Ilva attendre qu'on le mette Bruce Toussaint: Il est sacrifié? Renaud Dély: On évoquait l'incompétence du Front national, qui est apparue lors du débat, et qui tient à son caractère inaudible sur cette question sociale.
Quel était le talisman de compétence, la patte de lapin que devait incarner le gouvernement? C'est Florian Philippot. Il doute de ses compétences à accéder au pouvoir. Quand le numéro 2 pense qu'il est meilleur que le numéro 1, ça romp l'équilibre. Bruce Toussaint: Voici une question B. Houchard: On n'en sait rien. Elle lui doit beaucoup. Même si la dédiabolisation avait commencé avant, quand il faut se débarrasser de quelqu'un, on sait faire, en politique.
Marine Le Pen a enregistré un message en direction des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en les appelant à voter pour elle. On nous a dit qu'on allait faire des électeurs de François Fillon. (a s'est perdu en route. C'est fâcheux. (a revient beaucoup dans les critiques depuis la rentrée. On a fait une énorme erreur alors que le réservoir de voix est beaucoup sur la droite. Son discours de ce matin se portait beaucoup sur cet électorat. Bruce Toussaint: C'était un retour aux fondamentaux?
Yves Thréard: Oui. La perte de crédit de Marine Le Pen a favorisé le débat. Vous avez des nouvelles figures pas très médiatiques ou pas très connues, comme Nicolas Bay, comme Louis Aliot, son propre compagnon, qui s'imposent à l'intérieur du Front national. Ils font mine de la protéger, mais ils veulent la peau de Florian Philippot. Ce qui est intéressant, c'est qu'en coulisses, ils font revenir des mégrettistes. Des soldats de la scission Mégret/ Le Pen père. C'était ily a 20 ans.
Nicolas Bay et Bruno Bilde étaient mégrettistes. Louis Aliot est allé voir Bruno Mégret ily a peu de temps. Ily a tout un jeu en interne qui complique la chose pour Marine Le Pen. Même sur le plan organisationnel, elle a du mal à tenir le cap. Renaud Dély: On s'aperçoit que le parti tient par son chef. Ily a une autorité du chef qui s'impose et qui est incontestable. Ily a eu un chef historique qui était Jean-Marie Le Pen. Il incarnait l'extrême droite française et il était incontestable.
Il avait une légitimité historique. Ensuite, on a vu que ceux qui contestaient le chef étaient poussés dehors. Quand le numéro 1 est omniprésent, la place de numéro 2 est inconfortable. Ily a eu le cas de Bruno Mégret, puis Bruno Gollnisch, qui a été évincé. Ily a eu Carl Lang, qui a été viré aussi. Marine Le Pen n'a pas la même légitimité historique. Ily a un désordre potentiel et une contestation au sein de son parti. S. Crépon: Le Front national est confronté à uné réalité électorale.
Le potentiel électorat Y compris l'électorat du Front national. 63% des électeurs du Front national déclarent avoir une identité de droite. Un tiers a une identité ni droite ni gauche. Et 5% se déclarent avoir une identité à gauche. Si on prend le transfert des voix pendant l'entre-deux tours, ily a entre 9 et 11% de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon qui a voté pour Marine Le Pen.
Si on prend les thématiques sociétales, les électeurs des Républicains sont plus proches de Marine Le Pen que les autres. Pour revenir à Florian Philippot, c'est quelqu'un qui ne passe pas très bien, il ne soulève pas les foules. Il n'a pas su se constituer un fief électoral. Il a échoué pour être maire de Forbach, je pense qu'il n'en avait pas envie. Il a échoué à être député. Il est tributaire du bon vouloir du prince pour maintenir sa place.
Si on a un fief, on peut se retrancher dedans et on attend de revenir. Là, ce n'est pas le cas. Il n'a rien. Il est fait prince numéro 2 par le prince numéro 1. Sa place tient au bon vouloir du chef. Renaud Dély: Il s'est construit médiatiquement. S. Crépon: C'est ce qu'on lui reproche beaucoup en interne.