Nous ne sommes pas en train de faire des barouds d'honneur, nous sommes en train d'organiser une défense implacable du Code du travail.

Dans 19/20 : Journal national sur France 3 - le mardi 12 septembre
Comme à chaque fois, c'est une guerre des chiffres: 24.000 manifestants à Paris selon la préfecture, 60.000 selon la CGT. Philippe Martinez estime ce soir que le test est réussi malgré la division syndicale... Pour cette première journée de mobilisation, d'après la CGT, 400.000 manifestants se sont réunis dans le pays. Ils étaient 600.000 d'après le même syndicat l'année dernière quand il s'agissait de lancer le mouvement contre la loi El Khomri.
A Paris, 24.000 manifestants ont été enregistrés par la police. Etudiants, salariés, retraités, tous unis contre les ordonnances souhaitées par Emmanuel Macron. Le message, c'est que c'est inapplicable pour nous, et on ne le laissera pas appliquer. Aujourd'hui, c'est un début. On est là parce que la jeunesse est en colère de ne pas être écoutée, personne ne s'intéresse à elle, personne ne parle de nous. On nous impose, on nous ordonne d'accepter quelque chose qui n'est pas acceptable.
On va se retrouver dans une grande précarité. Philippe Martinez, dirigeant de la CGT, compte bien marquer le coup avec cette première manifestation réussie selon lui. On est face à un gouvernement qui non seulement n'entend pas mais qui méprise le monde du travail, les citoyens en général, surtout le président de la République. Quand on traite deux fois de "fainéants" les citoyens, je pense qu'il y a de quoi être en colère. Dans 180 villes de France, des cortèges se sont formés.
Dans la foule, à Marseille, Jean-Luc Mélenchon veut croire que ce n'est qu'un début. Nous ne sommes pas en train de faire des barouds d'honneur, nous sommes en train d'organiser une défense implacable du Code du travail. Nous allons le faire reculer. Le syndicat FO n'a pas appelé à la grève aujourd'hui. Une position mal comprise par de nombreux adhérents. On ne comprend pas que la tête de FO n'appelle pas à manifester.
Au-delà de cette première journée de mobilisation, le mouvement va-t-il durer? Deux autres dates sont prévues les 21 et 25 septembre. Ces manifestations ont été émaillées de plusieurs échauffourrées, notamment à Nantes, Lyon et à Paris. Sophie Neumayer bonsoir, vous êtes place d'Italie, point d'arrivée des cortèges. Peut-on parler d'un retour au calme? S. Neumayer: La circulation a repris depuis maintenant plus d'une demi-heure. La dispersion de la manifestation s'est déroulée calmement.
Seul incident majeur à relever cet après-midi à Paris, cela s'est passé peu avant l'arrivée, les forces de l'ordre ont essuyé des jets de projectiles et même un cocktail Molotov de la part de casseurs. Ils étaient environ 500, vêtus de noir, cagoulés, à s'être infiltrés dans ce cortège. Les CRS ont aussitôt riposté avec des gaz lacrymogènes et même un canon à eau. Le bilan fait état de quatre interpellations, sept personnes prises en charge par les secours.
Si ces brèves échauffourées étaient impressionnantes, il faut les relativiser, elles n'ont rien à voir avec les scènes de violence que nous avons connues il y a quelques mois lors des mobilisations contre la précédente loi travail. Cet après-midi, nous sommes allés à la rencontre des manifestants. Tous se mobilisent contre la réforme du Code du travail, mais chacun a sa raison pour descendre dans la rue...
Des dizaines de milliers de personnes étaient dans les rues aujourd'hui, pour quelles raisons précises ont-elles défilé, étaient-elles toutes là pour les mêmes motifs? C'est bien sûr la réforme du Code du travail qui cristallise l'opposition: Astrid est sage-femme aux hôpitaux de Paris, elle bat le pavé aujourd'hui contre ces ordonnances.
C'est l'ensemble de la de philosophie du texte qui est le problème: toutes ordonnances sont sous le sceau d'une même logique, elles ont un objectif: casser le le Code du travail ne soit plus le même pour tous les travailleurs et qu'il y ait un Code du travail par entreprise. Précisément, Joël, salarié aux Aéroports de Paris, s'inquiète du développement des contrats de chantier.
Demain, chaque salarié va être, comme en Angleterre ou en Allemagne, où ce sont des contrats à 1 euro où on vous dit du jour au lendemain qu'on a plus besoin de vous, il y a moins de de chômage, mais plus de la précarité. D'autres s'inquiètent de la facilitation des licenciements prévue par les ordonnances. Claire est technicienne de laboratoire d'une multinationale. Des grosses entreprises comme Sanofi pourraient licencier alors qu'elles font des profits.
On pourrait être licenciés si une filiale ne fait pas de profit. Mais certains manifestants n'étaient pas là que pour la loi travail, d'autres défilaient contre toutes les politiques du gouvernement, comme ce retraité qui va perdre une quarantaine d'euros par mois. L'augmentation de la CSG pour les retraités au-delà d'un certain plafond et d'un plancher... Lui, professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée de banlieue parisienne, fustige le manque de moyens dans l'éducation.
On a des postes qui ne sont pas pourvus, des conditions de travail qui se dégradent d'année en année, on a de plus en plus d'élèves et notre capacité d'accueil reste la même. L'expression de la colère cet après-midi a très largement dépassé l'opposition à la réforme du Code du travail.
De leur côté, les forains ont profité de cette journée de mobilisation pour faire entendre leurs propres revendications qui n'ont rien à voir avec la La profession proteste contre une ordonnance d'avril dernier qui impose aux municipalités d'organiser un appel d'offres avant d'accueillir une fête foraine. Quel est l'état d'esprit du côté de l'exécutif? Julien Gasparutto bonsoir, vous êtes devant Matignon.
Ce soir, comme depuis plusieurs jours, le gouvernement minimise la portée de cette mobilisation... J. Gasparutto : Oui... Officiellement, pas question de fanfaronner. Ces manifestations sont légitimes selon Matignon mais elles ne changent rien. Dans l'entourage du Premier ministre, on considère que le mouvement était plus politique que syndical et que les Français ont déjà tranché lors de l'élection.