Parmi eux, Claude Rich et Jean Rochefort mais aussi Bruno Cremer, Jean-Pierre Marielle et Jean-Paul Belmondo.

Dans Stupéfiant ! sur France 2 - le lundi 9 octobre
On y voit le visage d'un jeune homme de 19 ans, ombrageux, habité par sa vocation. Un visage qui quitte la toile pour la scène. Voici venu le temps des 1ers cours de comédie. En septembre 1951, Jean Rochefort fait sa vraie rentrée dans le saint des saints pour les apprentis comédiens, le Conservatoire d'art dramatique.
Quand on disait à mon père : "Alors, votre fils fait le clown", il laissait un silence et disait : "Mon fils est au Conservatoire national d'art dramatique." Il y avait un grand blanc ! Dès les 1ers jours, le garçon de Saint-Lunaire fait la rencontre d'un groupe de camarades qui lui ressemblent. On s'est trouvé une bande de gens qui aimaient s'amuser, tous plus ou moins mauvais élèves. Et, tout d'un coup, on les trouvait bons.
Parmi eux, Claude Rich et Jean Rochefort mais aussi Bruno Cremer, Jean-Pierre Marielle et Jean-Paul Belmondo. Ils étaient naïfs. On sortait de la guerre. Ils vivaient avec beaucoup d'ouverture et de sincérité. C'était pas des types qui construisaient déjà pour demain. On avait tous ensemble une façon de ne pas se prendre au sérieux, de se moquer de nous-mêmes. On s'est rencontrés et on ne s'est jamais quittés. La bande se crée sous les yeux d'élèves plus sérieux, classiques.
Certains travaillaient dans la cravate et le costume. Nous, on essayait d'être un peu artistes. Vous aviez les jeunes premiers très sages, très lisses. Et il y avait Claude Rich, Rochefort, Belmondo qui étaient un peu baroques mais tellement plus riches intérieurement. J'étais très timide. Voir cette bande de voyous qu'ils étaient avec Jean-Paul... Ils étaient inséparables. Jean-Paul Belmondo est le fantasque, le voyou, le meneur.
Jean Rochefort est l'anxieux décalé au comique grinçant qui traîne déjà une allure de dandy. Il racontait des histoires. Il a un rire très particulier. Il parle la bouche tordue et rit comme ça. Il avait un mot. Que ce soit en dérision ou en admiration, il disait toujours : "Quelle leçon ! Quelle leçon i" Que ce soit très mauvais ou très bon, c'était son mot. Quand je le vois, je pense toujours à ça. "Quelle leçon !" C'est le moment où il n'est plus le frère de son frère.
Il n'est plus l'élève anonyme d'une promotion. Il devient Jean Rochefort. Une personnalité propre qui garde toujours une part de mystère. Il était très proche de ses amis mais assez secret, un provincial. Le 50 juin 1953, c'est un jour de concours au Conservatoire d'art dramatique. Toute la bande attend son tour dans l'escalier. Tout la bande sauf Jean Rochefort. L'espoir d'entrer au conservatoire, c'est d'être admis à concourir. Il ne l'a pas été. C'était affreux.
On vous fait un concours préliminaire. Et alors, il suffit qu'on se trompe pour que le jury décide si vous concourez ou non. On passe 2 ou 3 ans au conservatoire, on joue des scènes, et, tout d'un coup, on vous dit que vous n'êtes pas admis à concourir. C'est violent. Depuis qu'il a appris la nouvelle, il reste prostré chez lui. C'est une situation difficile à vivre. Ça le plonge dans une déprime profonde.
"Est-ce que je vais y arriver? Personne ne veut de moi. "Je ne suis pas sorti diplômé, la vie ne va pas être facile. "Là, que faire ?" Il a une audition à passer chez Grenier-Hussenot, qui est une troupe qui tourne énormément, qui joue tous les soirs à guichets fermés. Mais il n'a pas envie. Et il reçoit la visite d'un membre de la bande du conservatoire. Son vieux copain Marielle passe pour lui remonter le moral. Il lui dit de se remuer, de passer l'audition.
Rochefort résiste, passe des heures dans sa chambre. Face à la détresse de Rochefort, Marielle trouve le sésame. Un petit rien suffit comme de dire: "Je vais là, viens avec moi." Et il se passe quelque chose. Il lui dit: "Le bus est direct." Et ça fait tilt. Il y va. Boum, engagé chez Grenier-Hussenot. Grâce à Jean-Pierre Marielle et une ligne de bus directe, la carrière de Jean Rochefort démarre enfin. Quel poète se lèvera pour chanter nos calvaires ?
Le jeune comédien enchaîne les rôles au cabaret, au théâtre et à la télévision en gardant le contact avec ses amis du conservatoire. Belmondo devient du jour lendemain une immense star, ce qui n'est pas le cas de Jean Rochefort ni des autres camarades. Jean Rochefort est heureux. C'est son ami, il n'a pas douté que cet homme-là y arriverait. Jean-Pierre Marielle lui donne un nouveau coup de pouce, appuyé par Jean-Paul Belmondo, la tête d'affiche du film "Cartouche". Marielle renonce au rôle.
Belmondo, qui pense toujours à ses copains, dit au producteur, Alexandre Mnouchkine, qu'il a un bon copain qui pourrait bien jouer un 2d rôle. Il lui demande qui c'est: "Il n'a encore jamais rien fait ?" Mnouchkine lui demande s'il monte à cheval. Belmondo lui dit que oui, ce qui était faux. J'achète ces poulets, ces tonneaux, tout ! Mettez tout sur cette table ! J'ai dit dans la grange ! Mais oui ! Un mensonge dont Jean Rochefort va vite mesurer les conséquences.
Sur le tournage, Rochefort voit qu'il doit souvent être à cheval. Comme il voulait garder le rôle, il devait faire semblant de pratiquer l'équitation. Pourtant, le comédien n'a jamais réussi à monter à cheval. Et il garde une forte appréhension. Ses deux 1res approches du cheval Il y a eu ce cheval mort qui l'a hanté quand il était enfant et le jour où on a voulu le faire monter dans le cirque de Gavarni qui a été un calvaire. Il découvre cette bête incroyable, immense.
Jean n'avait pas peur mais il était impressionné par les chevaux. Motivé par ce rôle aux côtés de Belmondo, il prend sur lui et se prépare. Il ne savait pas monter à cheval. On lui a appris pendant 8 jours. Il a connu tous les déboires des cavaliers débutants et en accéléré. Ça se passe très mal, il n'arrête pas de tomber. Il se casse une côte, se fait mal partout. L'acteur arrive à tourner les scènes équestres au prix de plusieurs blessures qui le font boiter.
Belmondo pense que Rochefort fait mine d'avoir mal, de boiter pour n'avoir que des gros plans. On ne peut le filmer qu'en gros plan car son corps est endolori. Ses douleurs ne l'empêcheront pas de poursuivre son apprentissage. Pour jouer au cinéma, monter à cheval peut être utile. Il avait décidé de maîtriser cette peur qu'il avait sur le cheval. Il part en Camargue. Pour avoir des chevaux plus petits que les pur-sang qu'il a dû monter pour "Cartouche".
Il va se familiariser, tomber de moins haut. Il apprend vraiment. Il aime ça.