Vous avez suivi Karim Benzema pendant pas mal de temps, caméra embarquée, chez lui, à Madrid, jusque dans son hammam.

Dans C l'hebdo la suite sur France 5 - le samedi 11 novembre
C'est le portrait de l'attaquant du Real Madrid. C'est une histoire qui dépasse le cadre du football. Le producteur Eric Hannezo est avec nous pour en parler. Bonjour et bienvenue. Merci de nous rejoindre. Vous avez produit ce documentaire. Vous avez suivi Karim Benzema pendant pas mal de temps, caméra embarquée, chez lui, à Madrid, jusque dans son hammam. E.Hannezo: C'est une salle de soins, de récupération. Ali Baddou: Tout est abordé.
Le football, son caractère de prodige au Real Madrid, mais aussi Zahia, le choix de la sélection française plutôt que celui de la sélection algérienne. Il se livre comme jamais. Des voix fortes se mobilisent pour Karim Benzema. Zinédine Zidane: Il a eu des petits tracas. Aujourd'hui, ces trucs-là n'existent plus. On ajuste besoin de voir le footballeur, aujourd'hui. Ce que peut apporter Karim à cette équipe. Cristiano Ronaldo: J'espère qu'il pourra aller à la Coupe du monde.
Franck Ribéry: Il marque des buts et on ne le prend pas en équipe de France. Thierry Henry: On me demande pourquoi Karim Benzema n'est pas pris en sélection. Ali Baddou: Le roi Zidane, c'est le Marseillais à l'envers, car il parle de "petits tracas". Il parle contre la Fédération de football, contre son ami Didier Deschamps, contre l'opinion publique française. Et pour Karim Benzema.
Mais il faut rappeler ce chiffre: 78% des Français sont contre le retour de Karim Benzema en équipe E.Hannezo: C'est le point de départ du film. Sur la question Zinédine Zidane, c'est surtout son entraîneur. Il a remarqué Karim Benzema il était très jeune. Il se disait que ce joueur avait quelque chose. Tout le monde est pour ou contre Karim Benzema et on a oublié ce qu'il y avait autour. Le 1er point, c'est qu'on ne connaît pas l'homme. Le sportif, on l'a un peu oublié.
Pour peu qu'on ne suive pas les matches du Real Madrid... C'est le point de départ du film. C'est l'envie d'ouvrir et de dire, sous un format documentaire, car c'est un film qui dure 2h, car il s'agit de tout raconter... Ali Baddou: C'est une pression sur Didier Deschamps. Jean-Michel Aphatie: Bien sûr. Un film qui dit pendant 2 heures qu'il faut sélectionner Karim Benzema. E.Hannezo: Le film n'est pas centré sur lui et l'équipe de France. C'est une étude de caractère.
Quand on voit les interviews qu'on vient de voir, c'est de cela dont on parle. Doit-il revenir en équipe de France ou pas? Jean-Michel Aphatie: Y a-t-il l'équivalent de Zidane ou de Thierry Henry qui dit qu'il ne faut pas le sélectionner? E.Hannezo: Quand vous faites ce genre de sujet, sujet sensible, vous faites un travail de producteur et de journaliste. Vous sollicitez donc la terre entière. Ily a des contradicteurs.
J'aurais aimé en avoir plus, mais le sujet est tellement sensible que les gens ne veulent pas parler. Jean-Michel Aphatie: Du coup, il n'y a que des gens qui disent qu'il faut sélectionner Karim Benzema. E.Hannezo: Je vais quand même me défendre. Si le propos du film avait été uniquement: Doit-iljouer en équipe de France et quelle place doit-il avoir? 0K, je vous rejoins. Ce n'est pas le propos du film. à la fin, ce qui m'intéresse, c'est qu'on puisse dire: comment on en arrive là?
Une situation qui fait que le joueur est clivant en France alors qu'il ne l'est pas Ali Baddou: D'abord parce qu'on n'y comprend pas grand-chose. Pourquoi Karim Benzema n'est-il plus en équipe de France? E.Hannezo: Parce qu'ily a eu une affaire que tout le monde connaît. Ali Baddou: L'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena. E.Hannezo: La justice est en marche. Ensuite, il était sélectionnable.
Une fois qu'il l'est de nouveau, il a eu des échanges avec des gens très importants au sein de la Fédération qui lui ont dit: "Tu iras à l'Euro." Ensuite, ily a eu une petite ingérence politique. Je ne la juge pas. De Manuel Valls ou d'autres qui ont dit de manière claire qu'ils considéraient que Karim Benzema n'avait plus à être appelé en équipe de France. Le sujet devient plus compliqué. Ali Baddou: Depuis l'affaire de la sextape, ça a dépassé le cadre du football.
La classe politique y est allée chacun de son avis. C'est scandaleux. C'est inacceptable, ses propos. Karim Benzema, qu'il soit déçu, c'est normal. Quand on est déçu, on peut dire des choses qui dépassent sa pensée. Je ne l'accable Je dénonce ses déclarations à l'emporte-pièce. La France n'est pas un pays raciste. Je ne pense pas que Didier Deschamps soit raciste. Noël Le Graët a toujours soutenu Karim Benzema.
Mais je pense que Benzema a raison de dire que nous sommes dans un pays où le racisme augmente. Stop à cette entreprise qui est une forme de démolition de tout un travail. C'est un faux procès. Ali Baddou: Ils réagissent tous à une interview de Karim Benzema à un journal espagnol en juin 2016. Il avait assuré que Didier Deschamps avait cédé à une France raciste en ne le sélectionnant pas. Jean-Michel Aphatie: Karim Benzema regrette-t-il ses propos? E.Hannezo: Non. Je n'ai pas l'impression.
Je suis comme tout le monde. J'ai cette petite phrase dans la tété. J'ai aussi énormément d'éléments qui sont dés raccourcis. Cette interview arrive dans un contexte très précis. Quelques jours avant, Eric Cantona donne une interview dans le Guardian et dit qu'Hatem Ben Arfa, qui fait une très bonne saison avec Nice, n'est pas en équipe de France. C'est un grand joueur. Tous les 2 sont d'origine africaine et aucun n'est appelé en équipe de France. Il sous-entend quelque chose.
Karim Benzema est interviewé. Ilvient de gagner la Ligue des champions. Il est interviewé par la version espagnole de L'Equipe puissance 1 000. On le relance en lui disant: "Est-ce que vous pensez, comme Eric Cantona, qu'ily a du racisme là-dedans?" Il dit de manière très claire: "Non, je ne le pense pas." Quand on lit l'interview dans son ensemble, il explique qu'ily a un contexte sensible qui explique qu'il a peut-être cédé à une pression d'une partie de la France raciste.
Il dit aussi que le FN fait des scores importants. Dire qu'il n'y a pas de racisme en France, c'est compliqué. Je ne suis pas l'avocat de la défense, je rappelle les propos. Ali Baddou: Il a déjà un très bon avocat. E.Hannezo: J'ai été surpris, quand j'ai relu le papier. J'étais resté sur la petite phrase. A la fin, il dit qu'il sera toujours avec l'équipe de France.
Jean-Michel Aphatie: Pensez-vous que Karim Benzema a une part de responsabilité dans le comment on en est arrivés là, au fait qu'il ne soit pas sélectionné? Par son attitude, son comportement, n'a-t-il pas une responsabilité? E.Hannezo: Ce qui est intéressant dans le documentaire, c'est que je découvre Karim Benzema. On a fait 2 grosses sessions d'interviews avec lui. J'ai un passé dans le football. J'ai l'habitude de croiser des joueurs. Ali Baddou: Vous avez été journaliste sportif à TF1.
Vous connaissez ce monde. E.Hannezo: Je suis surpris de me dire que je découvre sa voix, sa façon de s'exprimer. Ali Baddou: Extrêmement posé. E.Hannezo: Très calme, très serein. C'est quelqu'un qui ne s'excuse pas. C'est ça qui est intéressant. Il ne se sert pas du film pour s'excuser, puisqu'il ne s'excuse pas. Il dit juste: "Perdu pour perdu, autant que les gens aient l'occasion de voir qui je suis réellement."