Il sort de là en disant: "C'était vraiment un salaud !" Six mois plus tard, Michel Berger et France Gall.

Dans Un jour, un destin sur France 2 - le mercredi 10 janvier
Il reviendra à l'essentiel : la musique, en interprétant ce qui est en train de devenir un vrai tube. "La Groupie du pianiste". Dieu que cette fille a l'air triste, amoureuse d'un égoïste La groupie du pianiste Il va non seulement se consoler des frustrations des années yéyés, mais surtout il va faire ce qu'il ne savait pas faire à l'époque. Il avait vraiment besoin de cette reconnaissance du public. une reconnaissance personnelle. Le public l'aimait pour lui.
Il réussit à sortir de l'ombre, à dire: "Moi aussi, je suis.. ". . dans la lumière, je suis chanteur.
" C'est une consécration. Devant l'hôtel, dans les coulisses Elle rêve de la vie d'artiste Et si Michel Berger avait enfin trouvé son équilibre ? Son talent est reconnu et il a une vie de famille épanouie. Un équilibre qui va pourtant être bouleversé. Voici l'année 1982, une année très sombre. La, la, la, la, pa, pa ! Eh oui ! Janvier 1982. Michel Berger supervise les répétitions.. du prochain concert de France Gall, qui aura lieu à Paris. La journée, il est à fond au service.. du spectacle, il veut que tout soit prêt, que tout soit au millimètre, il est toujours.. aussi exigeant. Il laissait rien passer, il était à la fois sur scène.. et derrière. Il rectifiait...
Il était partout. Comme d'habitude, le compositeur ne laisse passer aucun détail, mais ce qui surprend ses proches, c'est l'impression qu'il dégage. Il était épuisé. J'étais un peu étonné de le voir les sourcils froncés, presque désagréable, on ne peut pas dire froid, mais fermé. Mais Michel ne livrera à personne les raisons de ses tourments. Il cachait tout. Il restait professionnel. Alors qu'il a au-dessus de la tête une préoccupation et un poids...
Il y a les répétitions du Palais des Sports, et le soir, il est à Necker. Il va voir son frère malade qu'il sait condamné. Et depuis quelque temps, son état s'est dégradé. Il gérait la fin de vie. . de son frère. C'était terrible ! Michel Berger connaît la gravité de la maladie, et pendant quelques années, il a même été l'un des rares à être dans la confidence. Je ne le savais pas. Chez les Hamburger, on ne parle pas des maladies.
Michel est à nouveau confronté à cette notion d'inexorabilité, de se dire : "Il n'y en a plus que pour quelques jours." Il n'arrive pas à s'y faire, il continue à se battre. Le 26 janvier 1982, Michel Berger perd celui qui était devenu son modèle. . après l'abandon de leur père. C'était insupportable. Il perdait pour la deuxième fois... un autre père.
La mort de son frère, "ça a été quelque chose d'absolument tragique pour lui. Quand son frère est mort, il a pris une claque monstrueuse. Mon frère était quelqu'un de génial, on voit... Les décors sont empruntés aux peintures. de votre frère Bernard. Architecte. C'était un pur talent. C'est complexant et dur d'avoir un frère génial, mais j'ai aussi eu l'image de quelqu'un qui avait la force. . du talent. Michel a tout le temps été confronté à cette notion.
. du destin qui vous rattrape, et c'est quelque chose de terrible. Une chose est finie, une autre suit ! Car quelques mois plus tard, Michel Berger et France Gall. . vont être de nouveau confrontés à la maladie. Cette fois, c'est leur fille Pauline qui est touchée. Sa fille, Pauline, était atteinte de mucoviscidose. Comme tout père, il était révolté, car c'est révoltent. de voir un enfant atteint d'une maladie. . qu'on ne sait pas encore guérir.
Sa fille était condamnée à terme, d'une façon ou d'une autre. Lui et France ont tout tenté. . pour la faire survivre, mais ça, c'était une mort programmée ! Il avait peur en permanence que sa môme s'en aille avant lui. Cette fois encore, Michel Berger garde cette douleur pour lui. C'était des sujets tabous. On connaissait tous la maladie de Pauline, mais on n'en parlait pas. Il ne parlait pas de sa fille mais il voulait aider, que ça change.
Il me disait souvent : "Il faut faire avancer la recherche !" Il était impatient. Poussé par les événements, le compositeur va reprendre contact avec son père. Là, il dépasse tous ses blocages envers son père. S'il doit revoir son père pour être conseillé, la faire soigner, il le reverra. Lorsque ces deux hommes se rencontrent, ils se serrent juste la main. Il n'y a pas d'accolade. Tout juste s'ils ne se vouvoient pas.
Je sais que son père était très affecté par cette maladie, et qu'ils en ont beaucoup parlé ensemble. C'était des discussions que je qualifierais. de sérieuses. On parlait de sujets médicaux, même autres, mais pas sur un ton badin. Michel Berger a enfilé depuis longtemps déjà les habits. . de père. Il va poursuivre le combat. . contre la maladie de sa fille, protéger son fils Raphaël, s'ouvrir sur le monde. Il va voyager et s'interroger. . sur l'engagement humanitaire des artistes.
Le meilleur des exemples vient d'Angleterre. Direction : Londres. Le 13 juillet 1985, trois chanteurs et compositeurs français. ont fait le déplacement à Londres. Daniel Balavoine, Michel Berger. . et moi. Ils ont été invités par une grande radio française à assister. . à un concert humanitaire dans le stade mythique de Wembley. C'était le concert organisé. . pour aider l'Ethiopie où sévissait une très grave famine. Le chanteur et compositeur Bob Geldof.
. a réuni les plus grandes stars mondiales. Les Who, Queen, Police, Duran Duran vont chanter durant 6 heures. On a tous conscience, ce jour-là, d'assister à quelque chose. . qui ne s'est jamais fait, et qui ne se fera peut-être jamais plus. Ce jour-là, aucun artiste français ne se produit, et la France ne diffuse même pas le concert. Le modèle de Band Aid. . pique au vif les artistes français. Forcément, on a dû parler entre nous, et nous demander.
. si ça serait envisageable entre artistes français. A partir de ce jour-là, ils vont s'engager personnellement. Vous me disiez: "On ne peut plus faire de la chanson distraction." Oui, il y a eu une époque. . où la chanson servait à faire passer 2 ou 3 minutes agréables, mais maintenant, c'est devenu un vrai moyen d'expression. Ça explique aussi le rapport. . passionnel entre le public et nous. Mais je pontifie, là ! Rires. Le concert de Wembley. . a confirmé la nécessité de l'engagement.
. Daniel Balavoine se bat pour aider les Africains, et l'un de ses premiers soutiens est Michel Berger. Apporter une pompe à eau dans le désert, ça, c'était ce que Michel aimait faire, c'était du concret. Justement, Daniel Balavoine a programmé des actions concrètes. Il va s'appuyer sur le Paris-Dakar pour installer des pompes à eau. . dans des villages africains. Deux semaines après le départ de la course, Michel Berger est attendu pour une émission de radio.
Michel avait une semaine de radio à faire, en tant qu'animateur. Il présentait des disques, racontait des souvenirs. Ça allait être l'heure : donc il était 10h55, il traverse le haIl de la radio... Michel croise le coursier de la station qui lui dit: "Oh, y a Balavoine qui vient de se crasher en hélicoptère !" D'un seul coup, il se prend dans la figure cette grande claque, cette bombe. On ne savait pas s'il était vivant. Il disait : "C'est pas possible !" Mais il doit rester !
Il doit entrer dans le studio et faire son émission. *-"La chanson passion" : Michel Berger ! "..3 secondes. A toi, Michel !" *-Bonjour, c'est Michel Berger. *C'est la première fois que je parle tout seul à la radio. 'j'espère qu'on va passer une semaine formidable ensemble... On commençait à me dire : "On pense qu'il est mort". J'étais en régie quand il parlait, j'allais près de lui quand le disque passait, et je ne disais rien. On n'est jamais sûr tant qu'on n'a pas la dépêche.
*-On écoute "Chanteur de jazz". C'était terrible, car France Gall, au téléphone, me disait: "Surtout, même si c'est confirmé, il ne faut pas le dire !" Coco Balavoine, qui était la femme enceinte de Daniel, allait sans doute nous écouter, et on ne savait pas si elle avait été prévenue ou pas. C'était pas à Michel de l'annoncer. Donc, en fait, ca a été une heure effrayante. Durant plus de 50 mn, Michel Berger va tenir l'antenne, et à midi, en sortant du studio, ce qu'il redoutait est officiel.
Il était blanc... Il ne disait rien. Et ça a été vraiment l'horreur, dès la confirmation de la mort de Daniel. Il est déchiré complètement, et il trouve ça injuste. Il est révolté. On dit toujours : "J'arrive pas à y croire", mais c'est vrai, car c'était l'image même de la pêche... de la combativité, à un point que... On gardera l'image d'un battant. Pour lui, ça a été... une absence qui n'a jamais été remplacée. Aussi douloureux qu'à la mort de son frère.
Une grande douleur, une grande injustice. Michel Berger a perdu celui qu'il considérait comme son petit frère, et sa disparition l'amène à s'interroger sur sa propre fin. Il pensait vraiment qu'il mourrait jeune. C'était évident car il courait après le temps. La notion du temps a été encore plus présente. . et plus prégnante après la mort de Daniel. Quelques semaines plus tard, Michel Berger va se remettre. . à écrire et à composer.
Et en janvier 1987, il retrouve ses musiciens en studio pour finaliser l'album. . de France Gall. Musique. Discussions indistinctes. C'était un exutoire, ça le rendait heureux. Il disait que c'était là qu'il se sentait le mieux, en faisant de la musique avec ses musiciens. Alors attends. Faut pas que ce soit une espèce de solo continuel. On cherche ! Oui, mais à partir... Au début, on pourrait commencer...
A chaque morceau, même rituel: les musiciens lui proposent des idées d'arrangement, et tentent de décoder ses impressions. On jouait... Un petit regard, bon, ça va. On y allait à tâtons, on se regardait les uns les autres. Il sait ce qu'il n'aime pas.