Jamel Debbouze et Nicolas Anelka qui deviennent des ambassadeurs ?

Dans 28 minutes sur Arte - le lundi 8 janvier
Cette schizophrénie nous a intéressées. Elisabeth Quin : Un symptôme. Pourquoi ce titre polysémique, "La Communauté" ? On entend communauté de communes, communauté collective, communauté des croyants ? Raphaëlle Bacqué : Dès qu'on est arrivées, on s'est aperçues que c'était le mot qu'employaient le plus fréquemment les gens qu'on y rencontrait. La communauté, c'était à la fois cette usage à l'américaine où tout est une communauté, comme "Desperate Housewives".
Et puis un sous-entendu religieux pour les musulmans. Mais plus encore, la marque d'un certain entre soi, réconfortant, et en même temps oppressant pour beaucoup des jeunes Elisabeth Quin : On revient à Trappes dans un instant que vous avez joliment baptisée "attrape-coeur" juste après votre portrait dans l'Empreinte digitale. En tapant Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin sur Internet, on vous découvre complices, souvent assorties, et parfois un peu moins.
Vos biographies Wikipedia indiquent qu'à un an d'écart, vous êtes toutes les 2 passées par Sciences Po. En 2002, au journal Le Monde, vos bureaux se font face. En pleine campagne présidentielle, l'une suit Lioneljospin, Lionel Jospin, et l'autre Jacques Chirac. Et même si c'est le candidat de Raphaëlle Bacqué qui l'emporte, vous restez bonnes collègues.
Au point lors de la présidentielle suivante d'écrire votre premier livre d'investigation ensemble "La Femme fatale" sur la candidate socialiste malheureuse Ségolène Royal. Suivi 5 ans plus tard par "Les Strauss-Khan" sur le couple DSK-Anne Sinclair après l'affaire du Sofitel. Ilvous arrive aussi de commettre des articles à 4 mains pour Le Monde sur Emmanuel Macron, Benoît Hamon ou encore François Fillon.
Pour votre nouvel ouvrage, vous quittez les lambris des palais de la République pour le béton de la ville de Trappes. Dans "La Communauté", vous dessinez le portrait d'une cité populaire des Yvelines à quelques kilomètres seulement de Versailles. Les Trappistes célèbres sont d'ailleurs légions : Jamel Debbouze, Omar Sy et le footballeur Nicolas Anelka bien sûr, mais aussi le rappeur La Fouine, l'actrice Barbara Cabrita, la chanteuse Shy'm ou encore l'islamologue Rachid Benzine.
Comme un feuilleton, vous racontez ceux que l'on connaît moins : Fa' l'za la fonctionnaire, Ibrahim le libraire, Marie-Laure Ségal la prof de philo, Kaci Ouarab le terroriste ou Nadia Hai la députée En Marche. A travers ces destins qui s'entrecroisent, vous décrivez le délabrement d'une ville.
Le chômage remplace le travail à l'usine, la mixité sociale fait place au communautarisme, l'engagement communiste s'efface devant l'islamisme, le trafic de drogues gangrène la cité et les petits arrangements politiques parachèvent le terrible tableau. Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, pourriez-vous dater le moment où tout a basculé ? Elisabeth Quin : C'est compliqué.
J'imagine que sur 60 ans de l'évolution de cette cité, il y a eu plusieurs moments de rupture, mais ily a eu une grande bascule ?