Et Emmanuel Macron, qui a mis le travail au sommet de sa hiérarchie des valeurs humaines, va montrer qu'il va travailler.

Dans C dans l'air sur France 5 - le samedi 4 août
Emmanuel Macron en vacances au Fort de Brégançon pour 15 jours, on se souvient que l'image de François Hollande en vacances là-bas l'avait fait chuter dans les sondages. Peut-on véritablement parler de vacances, d'ailleurs? May pour aborder le thème du Brexit. Au terme d'une année chargée, comment l'exécutif compte-t-il décompresser pendant ces deux semaines de vacances? nouveau numéro de "C dans l'air".
Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du "Figaro". Nous acculions un éditorialiste de France-Culture, un grand reporter du service politique du "Point" et la rédactrice adjointe du service politique du "Parisien-Aujourd'hui en France". Est-ce qu'il n'y a pas un problème d'image avec ce présidentjeune? Emmanuel Macron qui se retrouve dans ce Fort de Brégançon qui est assez connoté "ancien monde"?
On se souvient de Pompidou avec sa cigarette et de VGE? Yves Thréard : Mais ily a une certaine image du président de la République... Dans une interview qu'il avait accordée avant d'être élu, il avait dit: "la France est orpheline d'un roi". Là, il s'agit d'un fort, justement. C'est un fort médiéval du XIIIe siècle, qui est même plus ancien Il a été restauré, reconstruit, déplacé, même...
A l'origine, il n'était pas sur l'île qui est devenue une presqu'île à la faveur des aménagements du général de Gaulle. On peut y voir un signe, une connotation un peu monarchique, justement. Derrière ces remparts, le maître de la France se retire pendant ces quelques vacances. Et puis ily a une deuxième signification: aucune résidence d'Etat, or l'Elysée n'était attaché à quelqu'un. Peut-être La Lanterne pour Sarkozy et Hollande aussi d'ailleurs...
Mais le général de Gaulle détestait les résidences d'Etat. Tout simplement parce que les lits y étaient trop courts! Et il détestait Brégançon parce qu'ily avait trop de moustiques! Donc on sait combien Emmanuel Macron est attaché aux symboles. Il se dit peut-être que Brégançon peut être le Camp David du président français... Axel de Tarlé : C'est quoi, Camp David? Yves Thréard : C'est la résidence des présidents américains.
C'est une résidence de vacances où on reçoit parfois les hôtes étrangers de marque, et où il se passe parfois des événements historiques. Les fameux accords entre Carter et Sadate, en 1978, qui ont conclu la paix entre l'Egypte et Israël, ont eu lieu là-bas. Hier, il nous a fait la grande pompe, il a reçu Theresa May pour un sujet important. Il s'agit de savoir comment la Grande-Bretagne va sortir de l'Europe.
Axel de Tarlé : Vous dites donc qu'il est attaché aux symboles, qu'il essaie de sacraliser la fonction du Fort de Brégançon. Mais cela avait plombé François Hollande, les vacances là-bas! François Hollande, lui, avait remonté les Champs-Elysées sous la pluie en voiture, pour sa première sortie... Au Fort de Brégançon, il se baladait sur la plage, mal à l'aise...
Et tout de suite, la sacralité de la figure présidentielle a volé en Alors qu'Emmanuel Macron a commencé par remonter les Champs-Elysées sur un command car, fier comme un coq... Et il réinvestit Brégançon, il institutionnalise quelques part la résidence présidentielle. Emmanuel Macron, c'est le nouveau monde, le président nomade, mais c'est aussi celui qui invite Poutine à Versailles, qui passe ses week-ends à La Lanterne. Il ne pouvait pas passer ses vacances hier qu'à Brégançon.
Ce n'est pas surprenant qu'il passe ses vacances là-bas. Axel de Tarlé : Donc, contrairement à François Hollande, il fait bon usage du fort de Brégançon? J. Alimi : En tout cas, il en fait un bon usage. Nombre d'anciens présidents n'y sontjamais venu... Nicolas Sarkozy ne s'y est rendu qu'une ou deux fois, après, il préférerait aller dans la résidence qui appartenait à son épouse... Et François Hollande, il y a eu cet été calamiteux.
Au-delà du fait qu'il était mal dégrossi, c'est surtout qu'il n'a rien fait... Et bien avant Hollande et Sarkozy, certains présidents y allaient pour les vacances et ils assumaient parfaitement ce fait. Monsieur Pompidou, Monsieur Chirac et Monsieur Giscard d'Estaing, par exemple... Alors que là, les temps ont changé. C'est la période du quinquennat, les mandatures sont plus courtes. Pas question de perdre du temps!
Les vacances sont devenues un acte politique, sous les caméras des chaînes en continu. Il faut montrer qu'on travaille. Et Emmanuel Macron, qui a mis le travail au sommet de sa hiérarchie des valeurs humaines, va montrer qu'il va travailler. Cela a commencé par les discussions avec Madame Theresa May. Dans son entourage, on appelle désormais le Fort de Brégançon Emmanuel Macron va donc montrer qu'ily a la continuité de l'exécutif au travail.
La continuité de l'Etat aussi car il reçoit un autre chef de gouvernement... Et la continuité de la nation et de la France, avec toute la symbolique F. Says : Oui, d'ailleurs, il avait commencé par le Louvre... Il veut montrer qu'il a investi les symboles présidentiels. Ily a aussi l'idée de ne pas montrer qu'en vacances, on se la coulerait douce... C'est loin d'un Pompidou qui recevait les journalistes la clope au bec, en t-shirt...
Ou Chirac en slip, et même moins, puisqu'il avait été repéré par des paparazzi dans le plus simple appareil! Le premier geste médiatique à Brégançon, c'est aussi de recevoir une dirigeante étrangère. Il est aussi question de dompter l'agenda médiatique. Après l'affaire Benalla, Emmanuel Macron est encore à la tâche avec Axel de Tarlé : Voir Theresa May dès son arrivée au Fort de Brégançon, cela a tué dans l'oeuf la polémique sur la piscine? Ily a matière à polémique, là?
T. Denis : Non, cette piscine fait deux mètres sur quatre... Elle a coûté 130.000 euros... Ily a des piscines qui coûtent bien plus cher que ça! En plus, il n'y a pas plus compliqué que la plage de Brégançon pour se protéger d'un manque d'intimité... En plus, il n'y a rien d'ostentatoire. Yves Thréard : Je ne pense pas que cela coûte plus cher que les vacances de François Mitterrand et sa suite en Egypte, à l'hôtel... Axel de Tarlé : Sauf qu'aujourd'hui, tout se sait!