Depuis ce matin 6h, la 1re vague de sanctions américaines a officiellement été déclenchée.

Dans C dans l'air sur France 5 - le mardi 7 août
Ce qui a tout changé, c'est que les Etats-Unis ont l'autonomie pétrolière, maintenant. Le gaz de schiste a modifié la politique mondiale. Avec Obama, c'était une logique de gestion internationale. Aujourd'hui, avec Donald Trump, les Etats-Unis... Laurent Bazin: Ils peuvent se payer une guerre pétrolière? Philippe Dessertine: Mais c'est même plus grave que ça. La guerre serait régionale, mais là, on est dans quelque chose qui peut amener une crise mondiale.
Ça peut être la récession dans les 3 mois. Laurent Bazin: La récession mondiale? Philippe Dessertine: A cause de l'envolée du pétrole immédiate. On a connu la crise de 73. Elle vient d'une guerre entre Israël et l'Egypte. Ce type de choses peut entraîner une explosion du marché pétrolier. Depuis l'augmentation des prix du pétrole, en un an, On est dans un choc pétrolier. On commence à avoir des conséquences. La croissance s'essouffle un peu partout, notamment en Europe et en France.
Le pétrole en est la cause. Les tensions avec l'Iran pourraient faire exploser... Ce n'est pas en termes de pourcentage de production pétrolière mondiale... Laurent Bazin: Ils passent par le détroit d'Ormuz 30 % des productions de pétrole... Philippe Dessertine: Ils peuventjouer sur une part beaucoup plus importante. Marginalement, c'est très important. Quand la production iranienne sert aux Etats-Unis... On est sur le leader mondial.
Et l'Iran sent qu'ily a un peu quelque chose de tendu à jouer. On est aujourd'hui avec un régime qu'on considérait comme modéré. Le Guide suprême est beaucoup plus dur que le président actuel. M.Pirzadeh: C'est lui qui a la main sur les grands dossiers du pays et qui décide de tout. Philippe Dessertine: S'il reprenait la main de manière plus forte, on pourrait craindre l'escalade, dès lors. Ily a une coalition du côté sunnite au Yémen. On a oublié ça. On a une coalition du côté chiite aussi.
Avec tous ces éléments extrêmement dangereux... Les Etats-Unis, et il vaut mieux parler des Etats-Unis que de Donald Trump, sont très dangereux. Ily a un noyau conservateur et ultraconservateur aux Etats-Unis qui est là depuis des années et qui est maintenant au pouvoir. Pompeo s'occupe de la diplomatie américaine et a remplacé Rex Tillerson, qui était beaucoup plus conciliant avec l'Iran. Les Etats-Unis seront moins touchés que les autres, c'est clair.
Au sein de l'administration Trump, on en est conscients. C'est clair. Najah Wakim: Pour toute une partie de son électorat, et s'ils cherchent à le mobiliser, c'est gagné pour lui. Laurent Bazin: L'Europe est contre cet embargo. Elle a promis aussi d'aider ces entreprises à continuer à faire des affaires avec l'Iran. Après l'accord de 2015, les Européens et les Français avaient signé un certain nombre d'accords avec Téhéran. Mais ces entreprises ne se font guère d'illusion aujourd'hui.
Elles ont presque toutes plié bagage. A l'époque, l'avenir semblait radieux. après 30 ans d'embargo, le 1er Airbus arrive sur le tarmac de l'aéroport de Téhéran, tout drapeau dehors. Mais l'enthousiasme ne durera pas avec le retour des sanctions américaines. Seuls 3 Airbus sur les 100 commandés seront finalement livrés. Même déception pour d'autres fleurons de l'Hexagone, contraints de renoncer au marché iranien sous la pression des Etats-Unis.
168 millions d'euros de pertes pour PSA et 100 millions pour Total. Des dégâts économiques qui se font sentir jusque dans cette PME de Haute-Marne. Dans ce carton, une machine destinée à une boulangerie iranienne. La commande est actuellement bloquée. Elle a été confirmée. C'est un élément de la commande. Ily a plusieurs machines. Actuellement, le client nous relance pour savoir quand ilva recevoir sa commande. On ne peut rien lui dire pour l'instant.
Déjà 5 ans que Thierry a fait le pari de l'Iran. Ce retour brutal des sanctions est une déception. Il dénonce le chantage américain. Pour continuer à commercer avec les Etats-Unis, il faut faire une croix sur le marché iranien, un renoncement qui lui coûte 150 000 euros. Un chiffre d'affaires se fait sur les Etats-Unis, actuellement. Un autre se développe sur l'Iran. S'ily a ces problèmes, et s'il y a un choix à faire, la direction dira stop.
On préférera continuer sur les Etats-Unis plutôt que de développer un hypothétique marché à moyen terme. On n'a pas les moyens. Depuis ce matin 6h, la 1re vague de sanctions américaines a officiellement été déclenchée. En riposte, la commission a dégainé au même moment son arme: la loi dite de blocage.
La révision de la loi de blocage de l'UE entre en application pour protéger les entreprises européennes commerçant de manière légitime avec l'Iran Cette loi interdit aux firmes européennes de se conformer aux exigences des Etats-Unis estjugée illégale en droit international. Si elles décident que c'était le jeu de Washington, elles devront alors verser des pénalités.
Cette loi daté dé 1996 et a été élaborée à l'époque européennes de l'embargo américain visant Cuba, la Libye et l'Iran, Un bouclier efficace puisque ce texte n'a jamais été appliqué, ce dont les dirigeants de l'UE ont bien conscience. J.-C.Juncker: Nos moyens sont là. Nous les utilisons. Il ne faut pas se voiler la face. Nous exploiterons en intégralité les moyens qui sont les nôtres.
Si les sanctions américaines constituent une menace directe pour les entreprises françaises, l'effondrement de l'économie iranienne depuis l'annonce des sanctions est un deuxième coup dur, comme pour cette PME de Châteauroux. Spécialisée en cosmétologie, l'entreprise vend ses produits en Iran depuis 2015 et compte bien continuer, même si sa présidente redoute la perte de sa clientèle iranienne. *- Notre clientèle est restreinte en nombre du fait du prix des produits.
Nos produits se sont encore surenchéris, même si notre distributeur et nous-mêmes avons amorti et résisté à augmenter les prix. On ne pourra pas résister longtemps. Economiquement, nos produits vont devenir de plus en plus chers et être accessibles à un nombre de plus en plus restreint de consommateurs iraniens.
Parmi les firmes françaises, certaines semblent pourtant passer entre les gouttes de l'embargo iranien, à l'image du groupe Danone, qui se dit serein, le secteur de l'agroalimentaire n'étant pas spécialement ciblé par les sanctions américaines. Laurent Bazin: Question. Philippe Dessertine: Ily a 3 raisons. D'abord, les porte-avions. L'Europe n'a pas d'armée. C'est gênant quand les Américains haussent le ton et qu'ils sont en charge de notre défense.
Si on veut une autonomie, on a besoin d'être sur le terrain géopolitique et pas seulement économique. Ensuite, le marché américain est colossal pour l'Europe. Nous sommes très excédentaires. L'Allemagne, son 1er client, ce sont les Etats-Unis. Enfin, c'est le dollar. Si vous êtes en train de jouer avec le dollar, vous tombez sur le terme utilisé pendant le reportage: l'extraterritorialité américaine. La justice américaine peut vous attraper où que vous soyez.
Laurent Bazin: Pourquoi ne pas commercer en euro avec l'Iran? Philippe Dessertine: On pourrait essayer, mais vous utiliserez le dollar à un autre moment. PSA a voulu vendre ses voitures en euros. Mais si vous arrivez aux Etats-Unis en disant qu'on a fait du commerce avec l'Iran... Ça ne marche pas. Si vous avez travaillé en euro avec l'Iran, on vous tape dessus. Laurent Bazin: Mais au regard du droit international, c'est Philippe Dessertine: Ça n'existe pas, le droit international!
C'est le rapportjuridique entre les grands pays. Si tout le monde veut venir aux Etats-Unis, alors ily a problème. Najah Wakim: C'est les Etats-Unis qui sont en dehors de ce cap. M.Pirzadeh: Sortir de cet accord était illégal. Les Iraniens ont respecté cet accord sur chaque point. L'Iran a toujours respecté cela. C'est pour ça qu'il y a cette sorte de surprise. Beaucoup d'entreprises sont parties dès les premières menaces de Trump.
On est passés de la phase d'espoir à l'attentisme et à la douche froide. Bouygues est le 1er à être parti d'Iran. Quelque chose n'a pas été anticipé. Il y avait une épée de Damoclès au-dessus des entreprises européennes. Une grande entreprise de cosmétique française voulait s'installer en Iran en 2015 et elle a renoncé. Elle a reçu beaucoup de lettres de menaces.