C'est Nicolas Mathieu, prix Goncourt depuis 13h, tout à l'heure.

Dans La grande librairie sur France 5 - le mercredi 7 novembre
François Busnel: Comment faites-vous pour que, même si on n'a pas la vie de ces personnages, on a l'impression de lire ou relire les émois de nos adolescences? Nicolas Mathieu: Je ne sais pas comment je fais! Mais c'était, en tout cas, un projet. François Busnel: Parfaitement réussi. Nicolas Mathieu: La lecture a compté très fort pour moi. Une question de vie ou de mort. On est chez soi, on lit des auteurs, ils mettent des mots sur des sensations qu'on a.
C'est un soulagement, de mettre des mots sur ces choses. Et on se dit: "Oui, c'est ça!" Quand les auteurs nous aident à cela, ça sauve des vies. François Busnel: Et ça donne le sourire quand on a réussi à le faire. Yann Queffélec disait qu'il y avait un côté roman français avec la petite phrase française... Pas tant que ça, j'ai trouvé. Surtout un roman américain.
Ily a une influence de ces écrivains, peut-être un peu moins connus que Faulkner et les autres, mais qui racontent un Sud profond: David Joyce, avec une bande-son qui peut être signée Bruce Springsteen? Sauf que là, c'est du Johnny Hallyday. Yann Queffélec: Peut-être plus Flaubert. Nicolas Mathieu: Ça ressemble un peu au comice agricole. Des grandes peintures sur les fonctionnements sociaux. Effectivement, les Américains. Le plan large.
On voit une vallée, comment vivent François Busnel: "Leurs enfants après eux", prix Goncourt, aux éditions Actes Sud, sous la signature de Nicolas Mathieu. Regardez comme il est heureux. Et il a raison! A mon avis, on n'a pas fini de vous lire. Vous avez compris le conseil de Yann Queffélec: vous êtes débarrassé du souci de plaire. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, maintenant. Nicolas Mathieu: Je ne suis pas débarrassé du souci de ne pas être médiocre. Ça reste du boulot!
Yann Queffélec: Ce n'est pas un aboutissement, le Goncourt. C'est vrai que ça crée une charge. Il va se remettre à sa table de travail, en se disant: "Je suis prix Goncourt." Fort heureusement, il faut être convalescent de cette impression, et ça peut prendre un certain temps. François Busnel: Pour vous, ça a pris combien de temps? Yann Queffélec: 3 ou 4 ans.
De temps en temps, je vais courir dans le bois de Vincennes, je vais faire un tour en mer, etje me lave François Busnel: Prix Goncourt, Yann Queffélec, cela me donne l'occasion de poser une question que beaucoup et téléspectatrices se posent: comment fait-on pour devenir écrivain? Et plus particulièrement l'écrivain qui reçoit un prix Goncourt dès son 2e roman?
Yann Queffélec, vous levez le voile sur ce mystère dans un récit formidable, bourré d'énergie, trépidant, qui nous ramène 40 ans en arrière. L'année de naissance de Nicolas... Yann Queffélec: Voilà qui me rajeunit! Merci beaucoup. François Busnel: Vous avez des points communs. 1978, ily a un marin d'à peine 30 ans, mal dans sa peau, parti faire le tour du monde avec 2 copains. Son bateau se fracasse contre un ponton à Belle-Ile-en-Mer, en pleine tempête.
Il entend soudain, depuis le quai, une phrase emblématique: "Toi, chéri, tu as une gueule d'écrivain!"Qui a prononcé cette phrase, sans même savoir que le gaillard était le fils d'un écrivain célèbre, sans même savoir que ce gaillard écrivait depuis toujours et qu'il comptait fuir au bout du monde? La fuite, c'est sa spécialité. Réponse dans "Naissance d'un Goncourt", aux éditions Calmann-Lévy. On reprend calmement, Yann.